« Cet après-midi à Jarnac, j'ai fait des annonces sur (…) le papillomavirus. Dès la rentrée prochaine, pour nos jeunes, il sera beaucoup plus facile de se faire vacciner. Nous allons organiser des campagnes de vaccination massives pour permettre à tous les élève de 5ème d'y avoir accès au collège. » (Emmanuel Macron, le 28 février 2023 sur Instagram).
C'est la deuxième rentrée scolaire qui s'attaque massivement à la prévention contre les papillomavirus humains. Cette politique sanitaire a été élaborée il y a un an et demi. Retour en arrière.
En annonçant une campagne massive de vaccination contre les infections au papillomavirus dans les collèges de France pour les 800 000 élèves de Cinquième à partir de septembre 2023, le Président de la République Emmanuel Macron, qui visitait une classe de Troisième dans un collège de Jarnac, a pris une initiative que beaucoup de médecins attendaient en France.
Car la France est très en retard dans cette politique de prévention des cancers qui correspond à plus de 6 400 cas par an en France (et pas seulement chez les femmes !). Je reviendrai plus loin sur la notion de "en retard" car l'importance n'est évidemment pas de se comparer aux autres pays mais de protéger la population.
Si cette annonce a provoqué de monceaux d'immondices dans les réseaux sociaux par le courant antivax (il n'y a rien à faire, c'est irrécupérable, surtout depuis le covid-19), évacuons quelques critiques plus politiciennes que sanitaires de cette initiative. Si elle coûte cher (ce qui est très relatif : entre 95 et 110 euros par collégien ; cela devrait donc coûter autour de 80 millions d'euros chaque année), il faudra aussi calculer le coût réel, pour la collectivité, des soins d'un patient atteint d'un cancer, plus les coûts psychologiques pour lui et son entourage, sans compter l'éventuel coût humain, hélas, dans certains cas (encore très nombreux).
Payer avant la maladie au lieu de soigner quand la maladie se déclare, c'est le principe même de la prévention et, fait notable, c'est la première fois que le Ministre de la Santé est également Ministre de la Prévention (il devrait être également Ministre des Sports et Ministre de l'Alimentation, mais j'en demande sûrement trop ; après tout, le Ministre de l'Écologie est maintenant le Ministre des Énergies).
Ceux qui disent que ce n'est pas le rôle du Président de la République de promouvoir la prévention de la population, qu'il n'est pas médecin (tous ces antivax sont-ils médecins ?), qu'il a d'autres choses à se préoccuper... ont tort : dans le cadre d'une promotion, la parole d'un Président de la République est nettement plus efficace que celle d'un Ministre de la Santé, et encore plus que celle d'un directeur général de la Santé publique. Les interventions du chef de l'État ne peuvent pas être trop nombreuses, un ou deux sujets par jour, pour seulement 1 826 jours de mandats, finalement, pour un pays de 67 millions d'habitants, c'est peu de sujets traités publiquement au plus haut niveau de l'État. C'est donc, au contraire, un privilège de pouvoir atteindre ce niveau-là d'attention, c'est ce qu'on appelle les priorités de l'État. Protéger les citoyens est même l'une des premières obligations régaliennes d'un État.
Bien sûr, Emmanuel Macron n'est pas médecin, mais ce n'est pas en cette qualité qu'il s'est exprimé, mais en qualité de représentant des pouvoirs publics et ceux qui l'ont élu (18,8 millions de Français quand même !), je ne pense pas qu'ils le souhaitaient inerte, inactif, invisible, passif, immobile. Quant aux autres sujets, depuis quand ne faudrait-il s'occuper que d'un seul sujet à la fois ? Un gouvernement responsable doit s'occuper de toutes les choses urgentes et prioritaires en même temps. C'est seulement quand il y a une guerre sur son sol, ou une pandémie, ou une catastrophe terrible (comme le séisme en Turquie et Syrie), que tous les efforts doivent être focalisés sur cet unique sujet.
Après, on peut lui reprocher la manière dont il s'attaque au sujet, on peut surtout lui reprocher d'y venir peut-être beaucoup trop tardivement (cette campagne massive était très attendue, je le répète), mais on ne peut pas lui reprocher qu'il s'occupe du papillomavirus ni qu'il exprime sa volonté, reprise unanimement par tous les professionnels de la santé, de renforcer la politique de prévention.
Car, avant tout, qu'est-ce que le papillomavirus ? Il est souvent abrégé en HPV pour human papillomavirus (en anglais, donc). Je ne précise pas humain, mais je n'évoque que lui (il y en a d'autres), et au lieu de mettre au singulier, je serais bien inspiré de mettre au pluriel, car il y en a environ 200 génotypes différents chez l'homme (dont 20 provoquant des lésions précancéreuses et des cancers). Enfin, chez l'humain : chez l'homme et la femme.
Et là, la première chose qu'il faut savoir, malgré tous les efforts de communication, c'est que le papillomavirus ne concerne pas seulement les femmes, également les hommes (plus de 4 cancers sur 10 provenant d'une infection au papillomavirus se développent chez l'homme). Sa présence est massive, à tel point qu'on considère que dans le monde, environ 80% de la population mondiale aura été en contact avec un papillomavirus au moins une fois dans son existence (selon l'OMS). Ces deux éléments font frémir : cela concerne les deux sexes et cela impacte la vie d'environ 80% des personnes !
Rappelons déjà son étymologie : cela vient de deux mots latins, papillo (mamelon) et oma (tumeur). Les papillomavirus (55 nanomètres de diamètres ; le HIV fait plus de 130 nm de diamètre) sont des virus à ADN non enveloppés qui induisent des lésions exophytiques de la peau et des muqueuses (exophytique : se dit des lésions qui prolifèrent vers l'extérieur). Le découvreur de leurs effets est le virologue allemand Harald zur Hausen (87 ans le 11 mars) qui a reçu le Prix Nobel de Médecine en 2008, aux côtés de deux autres lauréats, eux Français, Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, eux pour la découverte du virus du sida. Les travaux de Harald zur Hausen ont mis en évidence les effets pathogènes des papillomavirus humains.
Avant d'évoquer les ravages de ce virus, on peut rapidement présenter comment on l'attrape : c'est la première des infections sexuellement transmissibles. Le moindre rapport sexuel peut contaminer, même sans pénétration ou avec un rapport bucco-génital. Le virus se transmet par la moindre écorchure ou coupure de la peau ou des muqueuses. Un simple contact de la peau suffit donc à le transmettre, une simple caresse (précisons, une caresse sexuelle : on ne peut pas l'attraper en seulement se serrant la main). Avec ce constat : la plupart des personnes contaminées le sont au tout début de leur activité sexuelle. Le préservatif ne protège pas de l'infection au papillomavirus. Il n'y a donc pas de prévention sauf à s'en protéger par le vaccin et à se faire régulièrement dépister pour les femmes (qui ont ainsi un petit avantage sur les hommes).
Lors d'une contamination, le virus infecte la peau ou la muqueuse. Au bout de deux ans, dans 90% des cas, l'organisme réussit à évacuer naturellement le virus et tout va bien. Mais dans 10% des cas, le virus persiste et développe au bout de dix ans des lésions précancéreuses qu'on peut éliminer en chirurgie si on les détecte (mais la plupart sont asymptomatiques). Si ces lésions ne sont pas éliminées, elles peuvent évoluer vers un cancer invasif dans les dix à trente ans depuis le début de l'infection (pour 3 cas sur 1 000 environ).
Les papillomavirus humains sont responsables en France de plus de 6 400 nouveaux cancers chaque année (soit environ 2% de l'ensemble des cancers). Chez la femme : environ 3 000 cas de cancer du col de l'utérus (et 35 000 cas de lésions précancéreuses du col de l'utérus, dont le traitement peut avoir des conséquences sur la fertilité et augmenter le risque d'accouchement prématuré), 1 100 cas de cancer de l'anus, 380 cas de cancer des voies aéro-digestives supérieures (VADS), à savoir oropharynx, cavité buccale, larynx, et 190 cas de cancer de la vulve et du vagin. Chez l'homme : environ 1 300 cas de cancer VADS, 360 cas de cancer de l'anus et 90 cas de cancer du pénis. Précisons qu'avec 1 100 décès chaque année, la mortalité du cancer du col de l'utérus, c'est plus de 1 sur 3, c'est énorme ! Car il se développe chez des femmes encore jeunes : l'âge moyen au diagnostic en 2012 était de 51 ans (et l'âge moyen au décès à cause du cancer du col de l'utérus en 2012 était de 64 ans). En d'autres termes, en France, le taux de survie nette est de 66% à 5 ans (diagnostics portés entre 2005 et 2010) et de 59% à 10 ans (sur la période 1989-2010).
À cela s'ajoutent aussi 50 000 de verrues dans les parties génitales pour l'homme, autant pour la femme. Donc 100 000 en tout, chaque année. Si elles ne sont pas cancéreuses, ces verrues génitales sont très inconfortables (et très inesthétiques : les photos qu'on peut trouver dans la littérature sont assez éloquentes...).
Donc, je le répète, les hommes sont aussi concernés que les femmes par le papillomavirus, pas seulement pour limiter sa transmission aux femmes, mais aussi pour prévenir des cancers, et, à la différence des femmes qui peuvent être dépistées par des frottis et tests HPV, les hommes n'ont aucun moyen d'être dépistés et c'est seulement lorsque le cancer est déclaré que le papillomavirus peut être détecté (donc bien plus tard).
Si on prend les statistiques dans l'autre sens, on observe que 91% des cancers de l'anus sont dus aux papillomavirus, 100% des cancers du col de l'utérus, 23% des cancers de la vulve ou du vagin, 27% des cancers du pénis, 4% à 34% des cancers VADS (rappel : VADS = bouche et gorge). À cela, il faut aussi voir les risques d'être touché par un second cancer augmentent beaucoup quand on a un premier cancer (cela dépend des types de cancer, les cancers VADS sont particulièrement récidivistes). Dans un guide sur le cancer publié par l'Institut national du cancer en avril 2016, le risque relatif (RR) est présenté en fonction des différents primocancers (RR=1,36 signifie par exemple que le sujet a 36% de risques supplémentaires d'avoir un autre cancer que la population générale d'avoir d'un cancer).
Pour la prévention, il n'y a pas trente-six mille solutions, comme je l'ai déjà évoqué. Il y a le test HPV à faire régulièrement (selon l'âge), à la suite d'un frottis cervico-utérin. Il y a bien sûr la communication, faire connaître les effets de ces papillomavirus, trop associés aux seuls cancers du col de l'utérus (alors que cela ne correspond qu'à un peu plus de la moitié du total). Et enfin, évidemment, il y a le vaccin.
Le vaccin HPV a été développé à partir de 1995 à la suite des travaux de Harald zur Hausen et mis sur le marché au début des années 2000 (avec une méthode classique : fragment de virus qui stimule les anticorps). Ce qui fait déjà une longue période qui permet d'affirmer qu'il ne provoque aucun effet secondaire (avec un recul de 500 millions de doses injectées depuis quinze ans).
Trois vaccins sont commercialisés protégeant de certains génotypes : Gardasil, Cervarix, Gardasil 9 (ce dernier, développé en 2015, protège de neuf génotypes). Les trois protègent des génotypes 16 et 18 principalement en cause dans le cancer du col de l'utérus. Le vaccin HPV est prophylactique, c'est-à-dire qu'il n'élimine pas les infections déjà présentes dans l'organisme au moment de la vaccination.
Comme je l'écrivais au début, la France est en retard dans la prévention de ces cancers, au même titre que les États-Unis et l'Allemagne. En effet, en 2021, il y avait deux types de pays. Ceux qui ont commencé à vacciner tôt contre les papillomavirus en organisant des campagnes de vaccination, avec un taux de couverture actuel très large : 90% en Belgique flamande, 86% au Royaume-Uni, 80% en Suède et en Australie, 73% en Espagne et au Canada. L'Islande, la Finlande, la Norvège et la Nouvelle-Zélande ont, eux aussi, un taux supérieur à 70%. Et ceux qui laissent à leurs citoyens l'initiative de la vaccination : 50% en Italie, 43% en Allemagne et aux États-Unis, 25% en France. Et encore, le taux en France (toujours en 2021) est la synthèse d'une forte disparité : seulement 45% des filles et 6% des garçons âgés de 15 ans ont reçu une dose de vaccin. L'objectif du gouvernement est que la couverture soit de 80% d'ici à 2030.
Cette vaccination est très efficace : en Australie, qui a assuré massivement la vaccination depuis 2007 (80% de la population), les lésions précancéreuses du col de l'utérus ont diminué de près de 50%. Le cancer du col de l'utérus devrait y être éradiqué dans quinze ans. Une étude publiée le 7 février 2018 dans "The Journal of Infectious Diseases" a étudié la prévalence du papillomavirus sur une cohorte de 1 500 jeunes femmes australiennes âgées de 17 à 35 ans pendant neuf ans. Cette prévalence est passée, pendant cette période, grâce à la vaccination, de 22,7% à 1,1% chez les jeunes femmes âgées de 17 à 25 ans et de 11,8% à 1,1% chez les jeunes femmes de 25 à 35 ans.
Dans les pays au taux de couverture vaccinale élevée, la protection du vaccin assure non seulement une protection individuelle mais aussi une protection collective (immunité de groupe, comme dans le cas de la rougeole, coqueluche, diphtérie, etc.). En effet, dans l'étude citée de 2018, parmi la cohorte des 1 500 femmes, il y avait 15% de femmes non vaccinées. Et malgré cette non-vaccination, la prévalence a baissé de la même manière qu'avec des femmes vaccinées en raison de l'immunité de groupe. Une autre étude publiée le 26 juin 2019 dans "The Lancet", qui a fait une méta-analyse sur les informations publiées par 65 articles de revues scientifiques entre février 2014 et octobre 2018, a confirmé la réduction de la prévalence du cancer du col de l'utérus et l'immunité de groupe par la vaccination anti-HPV.
À ce jour, c'est une enquête suédoise publiée le 1er octobre 2020 dans "The New England Journal of Medicine" ("HPV Vaccination and the Risk of Invasive Cervical Cancer") qui a apporté la preuve scientifique la plus complète sur l'efficacité du vaccin anti-HPV en prenant des cohortes de 518 319 sujets vaccinés (ayant reçu au moins une dose) et de 528 347 sujets non-vaccinés sur une période s'étendant de janvier 2006 à décembre 2017. Elle a démontré que le taux d'incidence du cancer du col de l'utérus était de 5,27 pour 100 000 chez les femmes non-vaccinées et 0,73 pour 100 000 chez les femmes vaccinées. Plus intéressant, l'étude a précisé aussi une nettement plus grande efficacité chez les jeunes femmes vaccinées avant l'âge de 17 ans (taux de 0,10 pour 100 000) par rapport à celles qui ont été vaccinées à un âge plus élevé (3,02 pour 100 000). Celles qui ont été vaccinées à un âge compris entre 20 et 30 ans se retrouvent, avec un taux de 5,16 pour 100 000, aussi exposées au cancer que les femmes non-vaccinées. Il est donc vraiment indispensable d'être vacciné avant les premières relations sexuelles.
Concrètement, le vaccin, qui n'est pas obligatoire mais fortement recommandé en France, est destiné aux garçons et filles entre 11 et 14 ans avec deux injections espacées de six mois. Entre 15 et 19 ans, il faut trois injections. Quant aux hommes qui ont des relations avec d'autres hommes, ils peuvent se faire vacciner jusqu'à 26 ans. Il est remboursé par la Sécurité sociale (65%) et les mutuelles et est gratuit dans les centres de vaccination. Médecins, pharmaciens et infirmiers peuvent vacciner sur prescription. Pour les jeunes femmes de plus de 20 ans, le vaccin n'est plus remboursé parce que son efficacité, comme l'étude suédoise l'a montré, est quasiment nulle.
La décision du Président Emmanuel Macron d'organiser la campagne de vaccination dans les collèges permet donc de redonner l'initiative aux pouvoirs publics et pas aux familles. Je rappelle que ce vaccin n'est pas obligatoire mais il est utile à l'ensemble des adolescents qui commencent leur vie sexuelle. Pourquoi dans les écoles ? Parce que justement, c'est le meilleur moyen de démocratiser la vaccination. Les familles les plus pauvres vont plus rarement chez le médecin et n'iraient pas forcément spécifiquement pour la vaccination contre les papillomavirus. Dans le milieu scolaire, tous les jeunes Français se retrouvent avec une égalité des chances à se prémunir contre ces infections qui tuent plusieurs milliers de personnes par an.
Quant à l'argument que les papillomavirus représentent peu de cancers (2% de ceux qui se déclarent au total), c'est quand même énorme : plus de 6 400 personnes chaque années sont concernées. Et surtout, ce sont les seuls cancers qu'on est capable de prévenir de manière à peu près efficace (à 90%) : ne rien faire serait criminel ! Cela vaut donc le coup de faire vacciner massivement les jeunes avant leurs premiers émois sexuels pour stopper définitivement ce type d'infections.
Ce raisonnement national est encore plus pertinent au niveau mondial. Dans une note de l'OMS du 22 février 2022, il est indiqué que le seul cancer du col de l'utérus est le quatrième cancer le plus courant au monde chez les femmes, estimé à 604 000 nouveaux cas en 2020 et à 342 000 décès la même année, en 2020. Et cette évidence : « Environ 90% des nouveaux cas et des décès dans le monde en 2020 sont survenus dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. ». De plus, ce qui renforce le handicap des pays les plus pauvres : « Les femmes vivant avec le VIH sont exposées à un risque six fois plus élevé de contracter un cancer du col de l’utérus que les femmes séronégatives. ».
Pour compléter cet article, je recommande vivement l'écoute de l'émission "Le Téléphone Sonne" diffusée le 3 mars 2023 sur France Inter sur ce thème (qu'on peut télécharger ici), ainsi que la vidéo proposée en fin d'article, l'échange qu'a eu Emmanuel Macron (venu accompagné des ministres Pap Ndiaye et François Braun) avec les élèves de Troisième du collège de Jarnac (on remarquera que l'enseignante a encouragé discrètement ses élèves à honorer le chef de l'État en se levant à son arrivée, ce qui ne leur semblait pas une évidence).
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (02 septembre 2024)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
2e rentrée scolaire contre les papillomavirus humains.
Variole du singe (mpox) : "ils" nous refont le coup ?
Covid : attention au flirt !
Papillomavirus humains, cancers et prévention.
Publications sur le papillomavirus, le cancer du col de l'utérus et l'effet de la vaccination anti-HPV (à télécharger).
Émission "Le Téléphone Sonne" sur la vaccination contre les papillomavirus, sur France Inter le 3 mars 2023 (à télécharger).
Le cancer sans tabou.
Qu'est-ce qu'un AVC ?
Lulu la Pilule.
La victoire des impressionnistes.
Science et beauté : des aurores boréales en France !
Le Tunnel sous la Manche.
Peter Higgs.
Georges Charpak.
Gustave Eiffel.
Prix Nobel de Chimie 2023 : la boîte quantique ...et encore la France !
Katalin Kariko et Drew Weissman Prix Nobel de Médecine 2023 : le vaccin à ARN messager récompensé !
Covid : la contre-offensive du variant Eris.
Hubert Reeves.
Prix Nobel de Physique 2023 : les lasers ultrarapides, la physique attoseconde... et la France récompensée !
Des essais cliniques sauvages ?
John Wheeler.
La Science, la Recherche et le Doute.
L'espoir nouveau de guérir du sida...
Louis Pasteur.
Howard Carter.
Alain Aspect.
Svante Pääbo.
Frank Drake.
Roland Omnès.
Marie Curie.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240902-papillomavirus.html
https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/2e-rentree-scolaire-contre-les-247122
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/04/article-sr-20240902-papillomavirus.html
emmanuel macron - Page 8
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2e rentrée scolaire contre les papillomavirus humains : cancers et prévention
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Législatives 2024 (45) : Michel Barnier, le choix de l'apaisement
« Ne sois jamais sectaire ! Le sectarisme est une preuve de faiblesse. Quand on est sectaire, c'est qu'on n'est pas sûr de ses idées. » (Michel Barnier, le 5 septembre 2024 à Matignon).
Cette parole, elle n'est pas du nouveau chef du gouvernement, mais de sa mère lorsqu'elle a assisté à sa première réunion politique, au tout début des années 1970. Il la garde au fond du cœur comme une sorte de devise personnelle. Ça y est, enfin ! Le Président Emmanuel Macron a nommé Michel Barnier Premier Ministre ce jeudi 5 septembre 2024.
Au bout de 51 jours de vide gouvernemental, Michel Barnier a été nommé, cumulant 51 années d'expérience politique ! À 73 ans, il entre à Matignon avec le plus grand âge de la Quatrième et de la Cinquième Républiques réunies (le précédent record était 66 ans avec Pierre Bérégovoy). Pas de la Troisième République car on peut "se souvenir" (façon d'écrire !) que Clemenceau est revenu au pouvoir à l'âge de 76 ans. Et Michel Barnier a succédé au plus jeune chef de gouvernement de toutes les républiques, Gabriel Attal (34 ans à sa nomination).
Je suis ravi de la nomination de Michel Barnier car je crois vraiment que c'est le choix de l'apaisement. Michel Barnier est incontestablement un acteur de "l'ancien monde" dans le sens macronien du terme. Il a commencé son militantisme à l'âge de 15 ans sous les couleurs de l'UJP qui rassemblait les jeunes gaullistes. De la même promotion à Sup de Co Paris que Jean-Pierre Raffarin, il a travaillé très vite pour la politique, membre du cabinet du premier Ministre de l'Environnement Robert Poujade de 1973 à 1974, ce qui pourrait expliquer son attention portée à l'environnement qui fut son premier ministère en 1993. Il a travaillé aussi dans les cabinets des ministres Pierre Mazeaud (Jeunesse et Sports) puis Antoine Rufenacht (Commerce et Artisanat) de 1974 à 1978.
À 22 ans, en 1973, il a conquis son premier mandat électoral, conseiller général de Bourg-Saint-Maurice, qu'il a conservé jusqu'en 1999. De mars 1982 à septembre 1999, il a présidé le conseil général de Savoie (à partir de 31 ans, plus jeune président du conseil général, département qu'il a repris à la gauche) avec un projet ambitieux, l'organisation des Jeux olympiques d'hiver en 1992 à Albertville, avec Jean-Claude Killy. Auparavant, il s'est fait élire député RPR de Savoie, en mars 1978, il était alors le plus jeune député de France, à 27 ans, après avoir été le plus jeune conseiller général.
S'il a voté contre la dépénalisation de l'homosexualité (particulièrement anachronique) en décembre 1981 (comme beaucoup de députés de droite), il a voté pour l'abolition de la peine de mort en septembre 1981. La grande réussite des JO d'Albertville l'a propulsé sur la scène nationale. Ou plutôt, l'a conforté sur la scène nationale car dès le printemps 1989, il faisait partie des Douze Rénovateurs de l'opposition, des trentenaires et des quadragénaires voulant prendre le pouvoir sur les plus âgés. L'initiative a foiré, elle n'a duré que quelques mois (un printemps) et n'a pas eu de suite, mais elle a été une bonne école de concertation entre UDF et RPR, avec des personnalités à fort caractère : François Bayrou, Philippe Séguin, Dominique Baudis, Michel Noir, Philippe de Villiers, Charles Millon, Bernard Bosson, François Fillon et quelques autres dont Alain Carignon, le voisin, qui a conquis la mairie de Grenoble et la présidence du conseil général de l'Isère à la gauche (Hubert Dubedout et Louis Mermaz) à la même époque.
La deuxième cohabitation l'a propulsé au gouvernement. De 1992 à 2021, Michel Barnier a eu une carrière ministérielle un peu en dents de scie, alternant mandats parlementaires (député, sénateur, député européen) et responsabilités ministérielles (Environnement, Affaires européennes, Affaires étrangères, Agriculture et Pêche) et européennes deux fois nommé commissaire européen (politique des régions, puis marché intérieur et services). Pour son second mandat, il avait rang de Vice-Président de la Commission Européenne et a tenté en 2014 et en 2019 de se présenter à la Présidence de la Commission Européenne sous l'étiquette du PPE (démocrate chrétien, parti européen de centre droit dominé par la CDU allemande). Il a eu également pour mission de négocier la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne après le Brexit, d'octobre 2016 à mars 2021, où il a montré fermeté et souplesse dans les discussions (particulièrement compliquées d'un point de vue juridique).
Dernière démarche politique de Michel Barnier, c'était sa candidature à la primaire LR de décembre 2021 : candidat le mieux placé dans les sondages, mais piètre débatteur, il s'est retrouvé à la troisième place derrière Valérie Pécresse et Éric Ciotti. C'était l'occasion de montrer sa détermination mais aussi son opposition à Emmanuel Macron à qui il voulait succéder en 2022. Pour cette élection interne, il a fait des propositions très droitières en demandant un moratoire sur l'immigration ainsi qu'un référendum et le désengagement de la France de la Cour de justice de l'Union Européenne (ce qui a beaucoup surpris les pro-Européens).
Michel Barnier est d'abord un homme d'écoute, de dialogue, de synthèse, mais il peut être parfois dur. Par courtoisie, politesse, respect surtout, il n'a jamais insulté un seul adversaire de toute sa carrière, ce qui fait qu'il a peu d'ennemis personnels malgré sa très grande longévité politique. Il a toujours été fidèle, loyal, fiable, il est toujours resté dans son parti d'origine malgré les très nombreuses évolutions (UDR, RPR, UMP, LR). Il a su garder une neutralité dans les grandes rivalités internes. Il était très proche de Philippe Séguin et de son "gaullisme social", mais s'en est éloigné lors du référendum de Maastricht car il a fait campagne pour le oui.
Lorsqu'il arrive à Matignon, Michel Barnier n'est pas un débauché du macronisme, comme cela a été le cas d'un autre grand élu local LR, Édouard Philippe. Il est LR et reste LR et tous les dirigeants LR ont salué sa nomination (de Laurent Wauquiez à Xavier Bertrand en passant même par Éric Ciotti). À l'évidence, Michel Barnier ne sera pas un supplétif d'Emmanuel Macron et il le montrera sans doute très rapidement avec la composition de son gouvernement.
Les discours de passation des pouvoirs à Matignon ont déjà donné un aperçu. Michel Barnier a pris la parole en demandant s'il pouvait dire deux mots après le long discours de politique générale de Gabriel Attal qui voulait prendre date. Michel Barnier a aussi ironisé sur les "conseils" de son prédécesseur (qui pourrait être son fils ; ce n'est pas à un vieux singe qu'on apprend à faire des grimaces, dit le proverbe). Michel Barnier est aimable, courtois, mais n'hésite pas à montrer sa détermination. Il a été un négociateur très rude face aux Britanniques, ce qui a été favorable aux Européens que nous sommes.
Bien entendu, sa très grande expérience européenne est un atout pour redresser les comptes publics et convaincre la Commission Européenne que la France va se remettre sur les rails du désendettement. Il connaît tous les chefs d'État et de gouvernement. Il n'a pas à se faire connaître, il est immédiatement opérationnel.
D'ailleurs, il a annoncé qu'il allait recevoir tous les groupes politiques dès ce jeudi soir, y compris le RN et les insoumis. Respecter, cela veut dire pour lui écouter. Cela n'engage à rien, et sans doute que son premier exploit sera de faire un budget qui puisse recueillir une majorité ou, au moins, puisse ne pas recevoir de majorité contre.
C'est pour Michel Barnier une opération suicide : pour combien de temps sera-t-il à Matignon ? Tout le monde l'ignore. C'est un défi particulièrement motivant. Et puis, il n'a rien à perdre. Il n'envisageait pas de candidature à l'élection présidentielle de 2027 (il aurait 76 ans). Il est complètement libre, et son autorité, il la doit à lui seul, à son expérience, à ses réseaux, à son bilan, à ses réussites.
Dans les réactions, celles du RN ont été étonnantes. Au début de la matinée, avant la nomination, des députés RN ont particulièrement chargé Michel Barnier (j'y reviendrai peut-être), mais vite stoppés par Marine Le Pen qui a préféré le bénéfice du doute. Sa réaction officielle : « Il semble répondre au premier critère : c'est un homme respectueux des forces politiques. (…) Sur les sujets de fonds, nous attendrons de voir quel est le discours de politique générale de Monsieur Barnier. (…) Nous serons attentifs au projet qu'il portera. (…) Les sujets de fond qui nous intéressent (…) [sont] l'immigration, la sécurité et le pouvoir d'achat des Français. (…) Nous ne participerons pas à un gouvernement de Michel Barnier. ».
En revanche, son rival d'extrême droite, Éric Zemmour, n'a pas arrêté les hostilités : « Macron vient de remplacer un Macron avec 10 ans de moins par un Macron avec 30 de plus ». Pas très constructif !
Dans le camp présidentiel, c'est contrasté. Certains ont applaudi rapidement comme Édouard Philippe et Yaël Braun-Pivet qui a demandé l'ouverture d'une session extraordinaire. D'autres sont plus prudents et veulent connaître la feuille de route du nouveau Premier Ministre.
C'est à gauche que la situation est complètement ubuesque, par les déclarations notamment de Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et la palme revient à Olivier Faure. Tous ces irresponsables politiques ont parlé d'un déni démocratique, croyant encore à leur fable qu'à 193 députés sur 577, ils avaient gagné les élections. Une affirmation totalement stupide puisque aujourd'hui a été confirmée une coalition entre le camp présidentiel et LR, ce qui fait 213 députés (sans compter LIOT), confirmés déjà lors du vote pour le perchoir.
On peut comprendre la déception des électeurs de gauche mais certainement pas les vociférations des mélenchonistes et mélenchonés. Olivier Faure a regretté l'absence d'un Premier Ministre de gauche. Mais il avait pourtant la possibilité avec Bernard Cazeneuve : Emmanuel Macron était prêt à le nommer à Matignon, mais c'est le PS qui a refusé d'apporter un soutien ou même une neutralité bienveillante à son ancien membre (le dernier Premier Ministre socialiste actuellement). C'est donc bien à cause des socialistes qu'Emmanuel Macron a été obligé de se tourner vers sa droite.
De toute façon, il n'y avait pas trente-six possibilités : trois blocs à peu près égaux. Donc, forcément, dans la coalition, il y a le bloc central. La volonté d'Emmanuel Macron et aussi de Gabriel Attal, était de nommer un Premier Ministre de centre gauche, et Bernard Cazeneuve répondait à toutes les exigences. Il a été hué par son propre camp. Avec l'assurance d'être censuré immédiatement. Comme il n'était pas possible de nommer à Matignon un responsable du camp présidentiel, il ne restait plus qu'un membre de LR. Michel Barnier est un point d'équilibre dans une coalition vers la droite, mais du simple fait stupide de la posture jusqu'au-boutiste des socialistes qui ont refusé de négocier sur le projet de gouvernement (qui devait rester le programme de la nouvelle farce populaire). Marine Tondelier a eu des propos absolument choquants sur LCI, insultant le Président de la République de pervers, refusant de voir la réalité arithmétique de l'Assemblée.
Michel Barnier ne renoncera cependant pas à trouver un terrain d'entente avec les socialistes sur le budget et sur des textes bien précis, mais cela reste encore dans l'ordre de la mission impossible. La véhémence des réactions de la gauche ultradicaliée est peut-être à la mesure de la croyance qu'elle a apportée à ses propres illusions : non, vous n'avez pas gagné les élections ! Et cette nomination à Matignon sonne la fin de la récréation. Socialistes, si vous êtes dans l'opposition, c'est simplement par votre propre et seule faute !
Pour Les Républicains, c'est évidemment une renaissance miraculeuse après une élection présidentielle, des élections européennes et des élections législatives désastreuses. La seule différence avec le PS, c'est que les dirigeants de LR ont pris (enfin) leurs responsabilités et ont commencé à agir pour l'intérêt national et pas l'intérêt partisan. Par effet miroir, cela ancre également le parti présidentiel dans le camp de la droite modérée.
En revanche, les allusions à une sorte de collusion entre le macronisme et le RN sont parfaitement ridicules. Simplement, à quelques semaines d'un procès pas particulièrement flatteurs, les dirigeants du RN préfèrent temporairement fermer cette période de crise et attendre des jours meilleurs avant de précipiter le cas échéant une élection présidentielle.
L'histoire ne dit pas encore l'avenir du gouvernement Barnier. Mais il est certain déjà que la désignation de Michel Barnier était l'un des meilleurs choix possibles pour sortir de l'impasse politique. Les gens de gauche, méfiez-vous : le peuple pourrait apprécier ! Michel Barnier sera le Premier Ministre de l'apaisement, et après deux campagnes électorales très stressantes, c'était ce que le peuple voulait avec la trêve estivale et olympique. Michel Barnier est en capacité d'apporter cet apaisement... et rien ne dit qu'il ne sera pas populaire dans les prochains jours.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (05 septembre 2024)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Législatives 2024 (45) : Michel Barnier, le choix de l'apaisement.
Législatives 2024 (44) : l'introuvable Premier Ministre.
Édouard Philippe massivement candidat.
Législatives 2024 (43) : Haro sur le Beaudet !
Législatives 2024 (42) : Bernard Cazeneuve et le retour à la case départ ?
Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin.
Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
Appel aux sociaux-démocrates.
Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
Sidération institutionnelle.
Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240905-barnier.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-45-michel-256643
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/05/article-sr-20240905-barnier.html
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Législatives 2024 (44) : l'introuvable Premier Ministre
« J'ai surtout vu le caractère ingouvernable d'une Assemblée sans aucune majorité nette. Le RN est le premier parti, mais le bloc le moins important ; le NFP rassemble 193 députés ; et entre le NFP et le RN, il y a un bloc central de 235 députés en incluant l'ex-majorité, les LIOT et la Droite républicaine (…) Le bloc du NFP est plus restreint que le bloc central. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le NFP n'a pas réussi à faire élire monsieur Chassaigne à la Présidence de l'Assemblée. » (Édouard Philippe, le 3 septembre 2024 dans "Le Point").
Si on devait refaire le film, aucun doute que le meilleur scénario aurait été, pour le Président de la République, de nommer immédiatement un Premier Ministre, juste après le scrutin du 7 juillet 2024, le lundi ou le mardi qui suivaient. Bernard Cazeneuve aurait fait l'affaire. Certes, à l'époque, les mélenchonistes et toute la gauche mélenchonisée (appelée la nouvelle farce populaire) aurait déjà agité leurs chiffons rouges en disant, tel Sisyphe, "On a gagné ! On a gagné" (comme aussi la peluche singe mécanique qui sur une cymbale grâce à une pile), laissant comprendre qu'une partie de la classe politique, apparemment autiste, était hébergée en HP, mais l'avantage de l'Élysée était qu'à l'époque, le NFP n'avait pas encore "choisi" son champion, en l'occurrence, sa championne.
Même après "l'épisode" Lucie Castets, Emmanuel Macron aurait pu proposer Bernard Cazeneuve dans l'objectif d'avoir un Premier Ministre qui ne soit pas immédiatement censuré par l'Assemblée. Il aurait donc pu, dès la fin de juillet, le nommer avec moins de risque qu'aujourd'hui. En effet, à l'époque, si le RN avait rejeté en bloc tout Premier Ministre émanant du NFP, il avait laissé entendre que Bernard Cazeneuve était un homme d'État et qu'il se prononcerait sur les textes qu'il proposerait à l'Assemblée et pas a priori.
Parallèlement, Bernard Cazeneuve n'était pas vraiment demandeur, mais sait "prendre ses responsabilités", comme on dit. Dans ce cas, alors que son nom était hué par la gauche ultradicalisée, il devait donner des garanties à cette gauche-ci, ou du moins, au PS mélenchonisé par Olivier Faure (vendu aux insoumis à faible prix). Otage du NFP ? Sans doute. La nomination aurait pu intervenir le week-end dernier. Mais hélas (pour lui, peut-être pas pour la France), ce week-end-là, justement, il s'est fait huer par les propres troupes du PS à Blois, à l'instigation d'une invitée ex-communiste, ex-insoumise et désormais écologiste Clémentine Autain. Le résultat du bureau national du PS qui a suivi le 3 septembre 2024 (très divisé) a définitivement écarté la solution Cazeneuve par 38 voix contre 33 (voyez à quoi ça tient). De toute façon, l'Élysée était déjà passé à une autre hypothèse.
Le 2 septembre 2024, ce fut la brève hypothèse Thierry Beaudet dont l'appartenance à la gauche a été de plus en plus décrite, aussi pour des proximités moins fréquentables, pour aussi d'autres éléments de sa biographie plus ou moins vérifiés, mais la première raison de l'échec de l'hypothèse, c'est qu'il mettait un consensus sur sa non-désignation, même dans les rangs du camp présidentiel, car il faut absolument à Matignon une personnalité expérimentée en politique et aussi aux joutes parlementaires. Avant même que cette hypothèse n'explosât définitivement, Xavier Bertrand est revenu sur le tapis.
Dès lors que le Président de la République ne peut attendre aucun soutien par défaut (par non-censure) des députés PS, autant revenir vers le centre droit dont le bloc comporte le plus grand nombre de députés, comme l'a rappelé Édouard Philippe le 3 septembre 2024. Xavier Bertrand coche toutes les cases, l'origine à droite, la capacité de nouer des alliances à gauche (au conseil régional des Hauts-de-France qu'il préside), on parle d'un supposé "gaullisme social" (expression qui ne veut rien dire en fait), ancien disciple de Philippe Séguin, il a beaucoup d'expérience politique (maire de Saint-Quentin, député, ministre, président du conseil régional, secrétaire général de l'UMP, etc.)... sauf une case !
Cette case, c'est l'indulgence du groupe RN. Comme le PS ne fera pas de cadeau au futur Premier Ministre (comprendre, votera une motion de censure dès sa nomination), il faut la neutralité du RN. Mais le RN n'a pas la volonté politique d'accepter la désignation à Matignon de Xavier Bertrand car il est l'un des pires adversaire du RN dans les Hauts-de-France, battant deux fois le RN aux élections régionales, dont Marine Le Pen en décembre 2015, et se déclarant le meilleur rempart contre le RN version nordiste (en PACA, c'est une autre affaire). L'opposition du RN à Xavier Bertrand était prévisible, mais par ricochet, le RN ne pouvait plus accepter Bernard Cazeneuve non plus sans rendre incompréhensible ses postures politiques auprès de ses électeurs. Plus fumeux, le petit groupe des 16 députés ciottistes (vendus au RN à faible prix) a aussi annoncé qu'il censurerait Xavier Bertrand le cas échéant. Il faut toutefois rappeler que Xavier Bertrand et Éric Ciotti ont été dans le même parti pendant plusieurs décennies ! Ambiance.
Alors que la journée du mercredi 4 septembre 2024 aurait dû être consacrée par la nomination de Xavier Bertrand (qui, affirme-t-il, n'a pas à commenter les réflexions présidentielles), l'hypothèse a été balayée par les déclarations des députés RN qui ont montré qu'ils avaient de l'influence même s'ils ne peuvent pas et ne veulent pas participer au prochain gouvernement. La tentative de mettre David Lisnard, le très ambitieux maire de Cannes, n'a pas duré plus de quelques heures en raison de ses positions très droitières et de l'opposition de certains députés macronistes eux-mêmes.
Car il ne faut pas oublier, c'est un "jeu" (pas très ludique) à trois. Il y a les exigences du NFP (et en particulier du PS qui, détaché du NFP, pourrait faire majorité avec le bloc central), il y a les exigences du RN, mais il ne faut pas oublier que le camp présidentiel a tout autant la légitimité et le droit d'avoir aussi ses exigences dont la principale est de ne pas abroger la réforme des retraites et de ne pas saborder la politique réussie d'attractivité économique de la France.
Dans la soirée du 4 septembre 2024, on s'est retrouvé, à l'Élysée, de nouveau à la case départ. "Pas de nomination ce soir" ont pu annoncé fiévreusement les journalistes impatients qui étaient allés aux nouvelles au château. Le résultat, c'est que d'autres noms sont donc encore "en cours d'évaluation". Donc, les consultations ont repris.
Et qui ? On parle de Michel Barnier. Il a 73 ans, même génération que François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon. Lui aussi, de centre droit, il est un petit génie de la politique et jouit d'une très grande expérience politique (président de conseil général à 31 ans, député à 27 ans, sénateur, ministre, commissaire européen). Il a été en particulier Ministre des Affaires étrangères, Ministre de l'Agriculture, Ministre de l'Environnement, commissaire européen pendant une dizaine d'années. Son point d'expérience le plus fort est certainement sa désignation comme Négociateur en chef chargé du Brexit, et défendant avec beaucoup de fermeté les intérêts des pays européens (en particulier la France) face au Royaume-Uni du 1er octobre 2016 au 31 mars 2021. Trentenaire ambitieux, Michel Barnier a fait partie des (brefs) Douze Rénovateurs au printemps 1989, aux côtés notamment de Philippe Séguin, Michel Noir, Dominique Baudis, François Bayrou, François Fillon, Bernard Bosson, etc.
Par ailleurs, Michel Barnier a tenté de conquérir la Présidence de la Commission Européenne en 2019 (sans succès en raison de l'hégémonie des députés PPE allemands) et a participé à la primaire LR de décembre 2021, placé le 2 décembre 2021 en troisième position ...devant Xavier Bertrand ! Il bénéficie du soutien de tous les pro-Européens, notamment au sein du bloc central, mais aussi, peut-être, d'un soutien aux partisans de thèses plus droitières car durant sa campagne à la primaire LR, il a développé, surprenant de nombreux observateurs (dont moi-même), des thèmes très droitiers, proposant un référendum sur l'immigration ou encore voulant se désengager de la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH), ce qui pourrait entraîner une neutralité bienveillante du groupe RN (je m'avance certainement un peu trop vite : le RN semble aussi choisir une autre voie, celle de l'obstruction systématique pour pousser Emmanuel Macron à la démission).
Une autre personnalité pourrait aussi être étudiée pour Matignon, il s'agit de Valérie Pécresse (57 ans), propulsée par Jacques Chirac, ancienne ministre, ancienne députée, actuelle présidente du conseil régional d'Île-de-France (depuis 2015) et aussi ancienne candidate à l'élection présidentielle de 2022, choisie le 4 décembre 2021 par les adhérents de LR face à Éric Ciotti, Michel Barnier et Xavier Bertrand et crédité, à ce moment-là, jusqu'à 15% d'intentions de vote avant de s'écrouler sous la barre des 5%. L'atout tant de Michel Barnier que de Valérie Pécresse, c'est qu'ils ne seront sans doute pas candidats à la prochaine élection présidentielle.
La position psychorigide irresponsable des socialistes sous influence de Jean-Luc Mélenchon n'a finalement qu'une seule conséquence concrète : il donne au groupe RN un énorme pouvoir d'influence sur le choix du prochain Premier Ministre ou la continuité de la vie politique en général. Drôle d'effet pour des partisans du front républicain.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (04 septembre 2024)
http://www.rakotoarison.eu
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Législatives 2024 (44) : l'introuvable Premier Ministre.
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Édouard Philippe massivement candidat à la succession d'Emmanuel Macron !
« Il ne faut jamais désespérer de notre pays, nous avons des ressources, des talents, des énergies, des compétences ! Je pense sincèrement que si nous cessons de nous bercer d'illusions et si nous nous rassemblons, nous pouvons construire une France plus prospère, plus juste, plus forte et plus libre. » (Édouard Philippe, "Le Point", le 3 septembre 2024).
L'ancien Premier Ministre Édouard Philippe a annoncé très clairement et très officiellement sa candidature à la prochaine élection présidentielle dans une interview publiée ce mardi 3 septembre 2024 dans la soirée (peu avant 20 heures) dans l'hebdomadaire "Le Point" : « Je serai candidat à la prochaine élection présidentielle. (…) J'ai créé un parti politique, Horizons, pour continuer à être un acteur de la vie politique nationale. (…) On dit souvent que pour une présidentielle il ne faut avoir envie de rien d'autre. J'y souscris. ».
Il est même allé plus loin, puisqu'à la dernière question des journalistes Mathilde Siraud et Valérie Toranian qui l'ont interviewé, à savoir : « Vous êtes prêt ? Y compris en cas de présidentielle anticipée ? », le maire du Havre a répondu sobrement : « Je vous le confirme ! ».
Édouard Philippe a une image publique très singulière : barbu avec encore quelques cheveux foncés et sans lunettes à Matignon, le voici, pour cause de maladie, imberbe, quasi-chauve (pas tout à fait, et ce qui reste de cheveux est blanc), presque à la manière d'un Edgar Faure (mais en longiligne), sans sourcils mais lunettes à grosse monture noire qu'il a troquée pour une fine monture, comme l'ont décrit les deux journalistes qui l'ont rencontré à son bureau de la mairie du Havre : « On le retrouve fidèle à lui-même, teint hâlé et fine monture de lunettes, boutons de manchette en forme de sablier, toujours prêt à faire montre de ses épatants talents d'imitateur. ».
Je dois avouer que j'apprécie beaucoup Édouard Philippe, tant lorsqu'il a été Premier Ministre que comme responsable politique en général, la personnalité comme son positionnement politique, son souci de la rigueur dans l'expression, sa grande intelligence, sa prudence, sa compréhension de la France des territoires que le Président de la République a toujours eu du mal à comprendre, et même son autodérision... mais depuis 2022, je peine à bien comprendre ses initiatives ou non initiatives.
Qu'il ait fondé son propre parti Horizons pour garder son autonomie politique vis-à-vis du camp présidentiel était tout à fait justifié, et il a fait ce que François Bayrou avait fait bien avant Emmanuel Macron avec le MoDem. En revanche, j'ai été très étonné de la grande passivité d'Édouard Philippe lors de la campagne présidentielle de 2022 car il n'a pris quasiment aucune part active audible dans le soutien à Emmanuel Macron.
J'ai également été très étonné par son attitude lors de la dissolution du 9 juin 2024. Certes, comme tous les autres responsables de la majorité présidentielle, il a été ulcéré par cette décision troublante, et il a aussi expliqué au début de la campagne des élections législatives anticipées qu'il ne fallait pas disserter sur les raisons de la dissolution mais qu'il fallait aller au combat pour faire gagner son camp, comme il l'a affirmé entre autres le 17 juin 2024 sur BFMTV.
Mais j'ai été étonné qu'il ne fût pas candidat lui-même aux élections législatives alors que le centre de gravité de la vie politique française allait se situer, au moins pour un an, dans l'hémicycle du Palais-Bourbon, et d'ailleurs, d'autres responsables politiques l'ont bien compris, de Marine Le Pen à Laurent Wauquiez, et évidemment Gabriel Attal, Gérald Darmanin et Élisabeth Borne. Non seulement il n'a pas voulu redevenir député, mais il a parfois présenté des candidats Horizons contre des candidats de la majorité présidentielle à un moment particulier de la vie politique où le RN était en possibilité favorable d'emporter une majorité absolue à l'Assemblée.
Alors, je m'étonne ce mardi soir de cette annonce de candidature à la prochaine élection présidentielle, alors que le nouveau Premier Ministre n'est toujours pas désigné après presque deux mois du second tour des élections législatives. Nous sommes, qu'on le veuille ou pas, dans une crise politique puisqu'on n'a pas de gouvernement, et Édouard Philippe se permet de penser au temps t+1 voire t+2. Car la situation politique à la prochaine élection présidentielle aura assurément beaucoup évolué depuis cette fin d'été.
D'ailleurs, des adversaires politiques l'ont bien compris comme cela. Ainsi Olivier Faure, l'insipide premier secrétaire du PS, a considéré que cette annonce montrait à quel point Édouard Philippe ne croyait plus à la seconde moitié du second quinquennat d'Emmanuel Macron puisqu'il souhaite passer tout de suite à la séquence suivante.
Ce qui est très étrange, c'est qu'Édouard Philippe a fait dans la même interview ce qu'il reprochait tant à Laurent Wauquiez qu'à Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et quelques autres, se préoccuper de la future élection présidentielle et oublier l'intérêt national et le pays qui doit être gouverné d'ici là, en l'exprimant dès le début de l'entretien : « Quand il s'agit de la France, je recommande vivement de n'être ni aveuglé par le passé, ni obsédé par le futur. ».
Édouard Philippe a démarré l'interview avec une charge singulière contre Emmanuel Macron : « J'ai déjà eu l'occasion de dire tout le mal que je pensais de la façon dont cette décision de dissoudre avait été pensée et exécutée. Mais avant la décision de dissoudre, il y a eu, en janvier, la décision de changer de Premier Ministre. J'avais recommandé au Président de la République de conserver Élisabeth Borne, qui me paraissait accomplir sa mission avec loyauté et abnégation, jusqu'aux européennes. Après le 9 juin, il aurait pu, s'il l'estimait nécessaire, changer de Premier Ministre pour changer de politique. Ce ne fut pas la décision du Président de la République. ».
Édouard Philippe fait partie des quelques personnalités politiques qui sont aujourd'hui populaires dans les sondages de popularité. Mais il ne l'avait pas été lorsqu'il était à Matignon. Grand connaisseur de notre histoire politique, l'ancien Premier Ministre devrait savoir qu'une forte popularité ne signifie pas forcément, pour ne pas dire jamais, à une élection à la Présidence de la République : avant lui, nombreux candidats l'ont compris à leurs dépens, Raymond Barre en 1988, Édouard Balladur en 1995, Lionel Jospin en 2002, François Bayrou en 2007, Ségolène Royal en 2007, Alain Juppé en 2016, Manuel Valls en 2017, etc. Car souvent, la popularité tient à ce que des sondés du camp adverse trouvent le personnage sympathique mais pour qui, dans l'isoloir, il ne serait pas question de voter.
Sa lecture des élections législatives est la suivante : « Trois sentiments ont prévalu : la déception des électeurs RN, le soulagement dans le bloc central (…), et l'enthousiasme de la gauche, qui prétend avoir gagné. Pour ma part, j'ai surtout vu le caractère ingouvernable d'une Assemblée sans aucune majorité nette. Le RN est le premier parti, mais le bloc le moins important ; le NFP rassemble 193 députés ; et entre le NFP et le RN, il y a un bloc central de 235 députés en incluant l'ex-majorité, les LIOT et la Droite républicaine, dont 47 députés LR qui affirment ne pas vouloir participer à ce bloc, mais qui votent avec lui… ». Et de le répéter plus tard : « Je redis que le bloc du NFP est plus restreint que le bloc central. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le NFP n'a pas réussi à faire élire monsieur Chassaigne à la Présidence de l'Assemblée. ».
Pour Édouard Philippe, la situation est dangereuse car il y a de nombreux dangers dont le premier est le sentiment de s'être fait voler l'élection avec la frustration des électeurs du RN qui n'ont pas gagné ces élections, mais aussi celle des électeurs de gauche qui croient, avec plus ou moins de bonne foi, qu'ils les ont gagnées. L'autre risque est bien sûr ce qu'il a appelé « le péril budgétaire que je crois sous-estimé » avec une absence grandissante de crédibilité de la parole de la France : « Mon sentiment c'est que nous sommes au bord de la falaise. Que l'instabilité politique perdure, ou qu'un gouvernement prenne des mesures directement contraires à nos engagements, et nous risquons l'accident majeur. ». Le troisième danger est l'immobilisme : « On ne parle plus des sujets importants qui ne se régleront pas si nous ne faisons rien : l'Éducation devrait être notre priorité et on n'en parle plus ; l'Écologie devrait nous obnubiler, plus personne n'en parle. C'est désastreux. Nous vivons une crise terrible du logement, qui limite les perspectives d'un grand nombre de nos concitoyens. (…) L'immobilisme a un coût considérable sur ces sujets notamment. ». Enfin, le quatrième danger est l'ordre public, la sécurité et la justice (il est notamment favorable aux peines planchers en matière de récidive).
Malgré ces quatre dangers, Édouard Philippe reste très optimiste pour l'avenir de la France : « Très souvent, quand je suis à Paris, je m'inquiète. Et quand je suis dans le pays, je me rassure. Je vois partout des initiatives incroyables dans une multitude de domaines. J'ai l'impression que, partout où je vais en France, je suis à 15 kilomètres d'une pépite. ». Sans oublier les Jeux olympiques et paralympiques : « Qu'est-ce qu'on a entendu avant ! La vérité, c'est que les organisateurs ont fait un travail remarquable, que les pouvoirs publics ont été à la hauteur, que les athlètes nous ont fait rêver et que l'ambiance était exceptionnelle. Et je dois dire que dans un pays qui doute, cela a fait du bien ! Qu'en restera-t-il ? J'espère un peu plus d'humilité pour ceux qui critiquent toujours tout avant… ».
Par ailleurs, le Normand est résolument opposé au scrutin proportionnel : « Je suis très attaché au scrutin majoritaire. Notamment parce qu'il impose un lien entre un député et les électeurs d'un territoire. Je me demande parfois si on ne devrait pas, pour les élections législatives, instituer la même règle que pour l'élection présidentielle, c'est-à-dire qu'au deuxième tour restent seulement les deux premiers. ». Et d'ajouter : « Méfions-nous d'un mode de scrutin qui laisserait la possibilité aux états-majors de partis politiques parisiens de construire des listes de candidats sans aucun lien avec les réalités politiques locales. ».
Dans les discussions actuelles pour la formation du gouvernement, Édouard Philippe a confirmé son désaccord avec Laurent Wauquiez : « La droite doit s'engager ! En refusant de participer à ce bloc central, elle précipite l'ensemble vers la gauche. J'observe d'ailleurs qu'il y a un certain nombre de gens, au sein de cette Droite républicaine, qui seraient prêts à prendre leurs responsabilités, parce qu'ils pensent que c'est nécessaire pour le pays. J'en connais ! Tous les partis de gouvernement devraient avoir pour objectif principal de favoriser la stabilisation de la vie politique. ».
D'ailleurs, sa logique actuelle est claire : « Je soutiendrai tout Premier Ministre choisi dans un espace politique qui va de la droite conservatrice à la social-démocratie et qui inscrira son action dans cet espace politique en construisant les compromis pour avancer. ». C'est valable notamment pour Bernard Cazeneuve, autre Normand, auquel il a succédé à Matignon en 2017 : « Entre des maires de grandes villes portuaires normandes, il y a toujours une amitié qui fait fi des logiques partisanes. Et je ne suis pas non plus insensible à son sens de la fidélité, de la nuance et de l'humour, qualités rares par les temps qui courent. ». Et pour Xavier Bertrand : « Nous partageons la même culture d'élu local de territoires populaires et ouvriers, le même engagement contre les extrêmes. ».
Il n'en reste pas moins que l'esprit d'Édouard Philippe est ailleurs, dans la future campagne présidentielle : « Je me prépare pour proposer des choses aux Français. Ce que je proposerai sera massif. Les Français décideront. ». En quelque sorte, ses déclarations du 3 septembre 2024 sont la déclaration de Rome [17 janvier 1969] de l'ancien Premier Ministre. Mais n'est pas Georges Pompidou forcément qui veut...
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2024)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Édouard Philippe massivement candidat à la succession d'Emmanuel Macron !
Édouard Philippe prêt à décoller.
De nouveaux Horizons.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240903-edouard-philippe.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/edouard-philippe-massivement-256609
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/03/article-sr-20240903-edouard-philippe.html
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Législatives 2024 (43) : Haro sur le Beaudet !
« Les résultats des élections législatives redessinent largement le paysage politique de notre pays. Une nouvelle fois, ces élections ont révélé les fractures profondes qui traversent notre société. Elles ne peuvent être ignorées plus longtemps. (…) Comme Chambre de la République et conseil des institutions qui élaborent la loi, le CESE portera la voix des organisations de la société civile, leurs expériences concrètes et leurs solutions pour répondre aux besoins de nos concitoyens. » (Thierry Beaudet, le 24 juillet 2024).
Oui, j'avoue, mon titre est assez facile, mais mon envie de le mettre était irrépressible. Chaque fois que le nom d'un éventuel futur Premier Ministre est donné en pâture aux médias et à la classe politique, c'est comme si on le jetait dans une mare à piranhas, et généralement, il est immédiatement déchiqueté, il ne dure pas vingt-quatre heures (le "on", en l'occurrence, semble être l'Élysée lui-même). Ce lundi 2 septembre 2024, jour de la rentrée scolaire, c'était le jour de Thierry Beaudet.
Pourtant, cette journée du lundi était effectivement bien consacrée à de nouvelles consultations du chef de l'État, mais uniquement des politiques : Emmanuel Macron a rencontré Bernard Cazeneuve, François Hollande, Xavier Bertrand, Nicolas Sarkozy, François Bayrou et Gabriel Attal. Le nom des visiteurs n'est pas anodin : Bernard Cazeneuve, à gauche, et Xavier Bertrand, à droite, sont régulièrement évoqués depuis le second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
L'hypothèse Bernard Cazeneuve semble avoir du plomb dans l'aile après avoir été hué à Blois par les militants socialistes, à l'initiative d'une invitée, Clémentine Autain, et sans réaction des dirigeants du PS. Le risque pour Emmanuel Macron, d'ailleurs, serait qu'un Premier Ministre Bernard Cazeneuve, qui demanderait l'ensemble des pouvoirs de chef du gouvernement, soit l'otage de la gauche et se sente obligé de proposer des mesures emblématiques très à gauche (comme l'abrogation de la réforme des retraites ou le rétablissement de l'ISF) pour préserver la tolérance des députés de la nouvelle farce populaire (NFP).
L'hypothèse Xavier Bertrand semble aussi avoir du plomb dans l'aile depuis la venue de Marine Le Pen à l'Élysée le 26 août 2024 : la présidente du groupe RN à l'Assemblée avait alors assuré que le groupe RN voterait la censure dès l'éventuelle nomination de Xavier Bertrand, fer de lance de la lutte anti-RN qui avait affronté (et battu) Marine Le Pen elle-même aux élections régionales des Hauts-de-France en décembre 2015.
Pour Emmanuel Macron, le retour à l'hypothèse d'un Premier Ministre "technicien" a repris de la crédibilité avec cette idée : puisque la classe politique est incapable de s'entendre pour me proposer le nom d'une personnalité susceptible de ne pas être immédiatement censurée, trouvons-la en-dehors du sérail.
D'où l'hypothèse, pas dénuée de signification, d'une désignation de Thierry Beaudet (62 ans), Président du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) depuis le 18 mai 2021. On sait à quel point Emmanuel Macron "aime bien" le CESE au point de vouloir en faire la troisième chambre du Parlement (ce qu'il n'est absolument pas : le Parlement est une représentation démocratique, aucun membre du CESE n'émane de la démocratie représentative, mais seulement participative), en raison probablement de la très forte influence qu'a eue Jean-Paul Delevoye (ancien Président du CESE du 16 octobre 2010 au 1er décembre 2015) sur Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle de 2017.
Incontestablement de gauche (reconnu comme tel par les gens de gauche), Thierry Beaudet a commencé sa vie active comme instituteur en Normandie. Il a toutefois rapidement changé de voie en prenant des responsabilités dans sa mutuelle, au point de devenir le président la MGEN (Mutuelle générale de l'Éducation nationale) du 8 juillet 2009 au 11 juillet 2017, puis président de VYV (premier groupe mutualiste de santé et de protection sociale de France : 10 millions d'assurés, 35 000 employés et 9 milliards de chiffre d'affaires) du 13 septembre 2017 au 8 juin 2021. Par ailleurs, il a été élu président de la Fédération nationale de la mutualité française du 23 juin 2016 au 5 octobre 2021. Thierry Beaudet a aussi présidé la MFPASS, l'union mutualiste qui gère les établissements sanitaires et médico-sociaux créés par les mutuelles de la fonction publique, de 2012 à 2016.
Thierry Beaudet a été désigné membre du CESE en janvier 2021. Sa consécration, il l'a due à Laurent Berger (lui aussi cité pour Matignon), alors secrétaire général de la CFDT, qui l'a aidé à se faire élire Président du CESE le 18 mai 2021, avec 163 voix sur 172, poste qu'il assume de manière particulièrement volontariste en ayant l'intention de faire de cette chambre placard pour recalés de la politique (disons les choses clairement) une chambre utile où pourraient s'exprimer des citoyens tirés au sort pour venir en complément des parlementaires. Après la Convention citoyenne pour le climat (qui a fini ses travaux avant son accession à la présidence, le 21 juin 2020), il a organisé la Convention citoyenne sur la fin de vie dont la conclusion (exprimée le 3s avril 2023) favorable à l'euthanasie n'était pas étonnante puisque lui-même y était favorable (déclaration du 18 janvier 2020), ce qui remet d'ailleurs en cause l'utilité de ces conventions citoyennes qui prennent toujours la même position que leurs "encadrants sachants" et cela sans représentation populaire.
Ce n'était pas la seule prise de position publique de Thierry Beaudet puisque le 26 juin 2024, il avait aussi mis en garde contre la victoire du RN aux élections législatives anticipées (dans une interview à "La Tribune"), et bien auparavant, le 21 janvier 2024, il avait manifesté au Trocadéro contre la loi Immigration. Homme d'équilibre, fin négociateur, gros travailleur, réformateur et innovateur, Thierry Beaudet a su montrer, tout au long de sa carrière professionnelle un comportement consensuel prêt aux synthèses. Il comptait solliciter un deuxième mandat de cinq ans à la tête du CESE en 2026.
Voici comment il a exprimé son inquiétude de voir arriver le RN au pouvoir : « L'extrême droite est aux portes du pouvoir. Historiquement, elle a combattu la démocratie parlementaire, entretenu le racisme, l'antisémitisme, le sexisme, la haine de l'autre, pourchassé les contre-pouvoirs, les droits fondamentaux et l'État de droit. D'aucuns affirment que son visage contemporain serait réellement différent de ce sombre tableau ; mais je ne veux pas que nous prenions le risque de le tester grandeur nature. La société m'apparaît traversée par des ambitions qui cherchent à exploiter le sentiment d'une partie des Français de ne pas être assez entendus et considérés. Ces ambitions s'emploient à électriser la société plutôt qu'à la réconcilier, dans un intérêt électoraliste selon moi pyromane et irresponsable. Il est évident que les 40% de Français qui lors des européennes ont porté leur suffrage dans l'escarcelle du RN et de Reconquête ne sont pas tous des racistes anti-système eurosceptiques et russophiles. Nombre d'entre eux ont simplement exprimé leur découragement et leur désillusion devant un cénacle politique qu'ils jugent sourd ou méprisant vis-à-vis de leurs malaises et de leurs espérances. (…) Ce qui est nouveau, c'est que ces électeurs désemparés estiment avoir vraiment tout tenté : gauche, droite, centre, et même macronisme en faveur desquels ils ont souvent oscillé d'une élection à l'autre. Ils ont le sentiment que grâce au RN ils seront enfin entendus, considérés. C'est un leurre, peut-on leur démontrer ; mais leur réponse est invariable : "Possible. Mais qu'a-t-on à perdre ? Au moins on aura essayé, et de toute façon il ne peut pas faire pire". Si, malheureusement... » ("La Tribune", le 26 juin 2024).
Le profil de Thierry Beaudet est donc très intéressant, notamment comme le leader du front républicain qui a, seul, gagné ce second tour des législatives, même s'il n'a jamais eu personnellement d'expérience élective. C'est son plus gros point faible, comme l'a souligné, un peu énervé, le maire LR de Meaux Jean-François Copé ce mardi 3 septembre 2024 sur TF1 : « Où est-il écrit dans la Constitution, dans l'histoire politique de notre pays, qu'il fallait choisir à la tête du gouvernement quelqu'un de neutre qui n'a pas d'expérience politique (…). Nous avons besoin d'un professionnel (…). Le programme de la gauche est totalement celui de Mélenchon (…). C'est comme si nous, on avait fait alliance avec l'extrême droite (…). Le programme de l'extrême gauche qui est celui que le PS revendique tout autant est un programme suicidaire pour le pays. ».
En effet, le Premier Ministre désigné devra connaître très bien les procédures parlementaires car les extrêmes n'hésiteraient pas à le faire tomber dans mille et un pièges. Mais cela s'apprend. On a vu qu'une ministre très technicienne (néanmoins politique) était capable de diriger un gouvernement très politique dans une Assemblée très difficile (Élisabeth Borne).
D'après des "journalistes bien informés" (comme on dit), Thierry Beaudet aurait été reçu par Emmanuel Macron le jeudi 29 juin 2024 pour lui soumettre le projet de le nommer à Matignon, projet qu'il aurait accepté. Cette information a été révélée ce lundi 2 septembre 2024 en début de matinée juste avant les consultations politiques à l'Élysée (une fuite organisée, apparemment, et peut-être pour mettre la pression sur les partis politiques, en l'occurrence le PS et LR).
Mais la révélation s'est faite avec une autre information qui a pourtant le don de le griller sur le champ sur l'autel des Premiers Ministres morts nés : en effet, l'Élysée aurait fait savoir que son directeur de cabinet aurait été déjà identifié (le dircab d'un Premier Ministre de cohabitation est un rouage technique et politique crucial). Il s'agirait de l'actuel préfet de la région Hauts-de-France Bertrand Gaume (49 ans), ancien préfet de l'Essonne et du Vaucluse, ancien de la DGSE, grand ami de l'ancien candidat socialiste Benoît Hamon (dont il a été le dircab en 2012 au Ministère délégué à l'Économie sociale et solidaire), déjà pressenti pour diriger le cabinet d'Élisabeth Borne à Matignon en juillet 2023 après le départ d'Aurélien Rousseau (devenu ministre ; aujourd'hui, ce dernier est député NFP).
Or, un Premier Ministre novice en politique qui se voit imposer son dircab par l'Élysée, comment pourrait-il être un Premier Ministre de cohabitation totalement autonome politiquement, prêt à affronter le Président de la République sur des sujets de fond le cas échéant ? Ce n'est pas très crédible sauf à comprendre que le Président de la République, malgré le désaveu électoral qu'a subi son camp, veuille toujours garder l'initiative du pouvoir. C'est là le problème, d'autant plus que Thierry Beaudet n'a pas hésité à tresser quelques lauriers à Emmanuel Macron (le 26 juin 2024 dans "La Tribune") : « Je ne ferai pas le "procès démocratique" d'Emmanuel Macron pour une raison en particulier. Qui s'est montré sensible à la nécessité de revitaliser la démocratie délibérative, participative, en créant les Conventions citoyennes ? Qui a lancé le Grand Débat ou réuni les corps intermédiaires autour de Conseils nationaux de la refondation (CNR) ? Ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy ou François Hollande ? Non. Le soi-disant "Président jupitérien". ».
De toute façon, la roue tourne encore ! Pour l'heure, matin du mardi 3 septembre 2024, l'hypothèse Xavier Bertrand serait de nouveau privilégiée par le chef de l'État...
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2024)
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Pour aller plus loin :
Législatives 2024 (43) : Haro sur le Beaudet !
Législatives 2024 (42) : Bernard Cazeneuve et le retour à la case départ ?
Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin.
Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
Appel aux sociaux-démocrates.
Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
Sidération institutionnelle.
Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.
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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-43-haro-sur-le-256594
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/03/article-sr-20240902-thierry-beaudet.html
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Législatives 2024 (42) : Bernard Cazeneuve et le retour à la case départ ?
« À partir du moment où la gauche n'est pas sur le chemin de la crédibilité, elle ne peut pas incarner une alternance, et à partir du moment où elle encourage par ses positions toutes les désinhibitions, on voit qui en bénéficie. (…) Je ne suis pas favorable à une stratégie qui fabrique des votes d'extrême droite en quantité industrielle. » (Bernard Cazeneuve, le 4 décembre 2022 sur Radio J).
En cause, le parti des insoumis de Jean-Luc Mélenchon dont la bête noire, justement, est l'ancien Premier Ministre socialiste Bernard Cazeneuve. Ce dernier a été invité à l'Élysée pour s'entretenir avec Emmanuel Macron ce lundi 2 septembre 2024 dans la perspective de la nomination du nouveau Premier Ministre. Les deux anciens chefs de l'État Nicolas Sarkozy et François Hollande seront également reçu par l'actuel Président de la République ce lundi, a-t-on appris dimanche de leur entourage respectif.
Alors que depuis le 7 juillet 2024, le nom de Bernard Cazeneuve était régulièrement cité avec celui de Xavier Bertrand (également invité à l'Élysée ce lundi) pour succéder à Gabriel Attal avec cette Assemblée sans majorité, dans une situation particulièrement inextricable, due principalement à une réalité alternative proclamée par Jean-Luc Mélenchon ("Nous avons gagné !"), jamais, pour l'instant, le dernier Premier Ministre de François Hollande avait encore eu de contact avec Emmanuel Macron depuis sept semaines.
Bernard Cazeneuve n'est pas particulièrement candidat à Matignon, au contraire de quelques politiques en mal d'emploi (comme Ségolène Royal), ou de complètes inconnues hissées au rang de déesses en disponibilité (comme Lucie Castets), mais a toujours admis qu'il répondrait présent si on le lui demandait (parce que, de toute façon, Matignon ne se refuse pas).
Actuellement, Bernard Cazeneuve est le recordman de brièveté à Matignon sous la Cinquième République, Premier Ministre pendant cinq mois et neuf jours du 6 décembre 2016 au 15 mai 2017. Il a déjà été dépassé par Gabriel Attal, pourtant nommé seulement le 9 janvier 2024 (presque huit mois). Pour les commentateurs et les observateurs de la vie politique, Bernard Cazeneuve serait "l'oiseau rare" de la situation, "cochant le plus de cases possible".
D'abord, il est socialiste, et c'est un plus dans la situation actuelle. En effet, la "grande coalition" devrait rassembler dans une sorte d'union de non-censure tous les partis de gouvernement, c'est-à-dire le bloc présidentiel, le PS et LR. Politiquement, la reconduction d'un membre du bloc présidentiel à Matignon est inconcevable car il y a un fort besoin de changement, même si dans les sondages, Gabriel Attal est plébiscité et serait le meilleur Premier Ministre possible (ce n'est pas la première fois que les Français sont en plein paradoxe). Il reste donc LR et le PS.
Pour LR, Laurent Wauquiez, malgré la position de Nicolas Sarkozy, a exclu toute participation de LR au gouvernement et le potentiel candidat originaire de LR, Xavier Bertrand, aurait bien du mal à recevoir le soutien total de ses anciens compagnons de route et par ailleurs rivaux récurrents à l'élection présidentielle.
Du côté du PS, la chose est un peu différente car en principe, la direction du PS prône l'union au sein de la nouvelle farce populaire (NFP) pour qui seule la nomination de Lucie Castets est admissible. Néanmoins, on l'a vu cette semaine à Blois, le PS est profondément divisé et beaucoup de voix discordantes pour ne pas écrie dissidentes se sont fait entendre pour que le PS ne rate pas l'occasion historique de diriger à nouveau le gouvernement alors que cela devenait rare.
Bernard Cazeneuve serait alors l'homme de la situation. Pas encore trop vieux (61 ans), mais très expérimenté, tant comme élu local (ancien maire de Cherbourg) que comme personnalité nationale (député, Ministre délégué aux Affaires européennes du 16 mai 2012 au 19 mars 2013, Ministre délégué au Budget du 19 mars 2013 au 2 avril 2014, Ministre de l'Intérieur du 2 avril 2014 au 6 décembre 2016 et enfin, Premier Ministre), il a été l'heureuse surprise de casting du quinquennat de François Hollande (avec Christiane Taubira et Emmanuel Macron). Celui qui avait été porte-parole du candidat Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012 a su acquérir une réputation d'esprit de responsabilité au service de l'État, de grand républicain soutenant la laïcité contre les communautarismes islamocompatibles des mélenchonistes, une réputation reconnue également par ses adversaires politiques (de droite).
On le dit de centre gauche ou social-démocrate (ce sont ses adversaires de gauche ultradicalisée qui l'affirment), mais lui se considère toujours socialiste même s'il a quitté le PS en 2022 à regret à cause de l'alliance électorale contre-nature avec les insoumis, d'abord dans le cadre de la Nupes puis du NFP, ce qui l'a conduit le 1er février 2023 à créer son propre parti appelé La Convention, à laquelle se sont joints, en mars 2023, le MDC (Mouvement des citoyens fondé par Jean-Pierre Chevènement et Max Gallo) et le PRG (Parti radical de gauche dont Bernard Cazeneuve était lui-même membre entre 1985 et 1987 avant d'intégrer le PS). À l'Assemblée, le président du groupe LIOT (Stéphane Lenormand) fait partie de ce parti, ainsi qu'au Sénat, Patrick Kanner, le président du groupe socialiste, et Jean-Claude Requier, le président du groupe RDSE (radical).
Le 25 juin 2024, Bernard Cazenave a même cosigné, avec notamment Manuel Valls, Julien Dray, Élisabeth Badinter, Philippe Torreton, un appel publié dans "Le Monde" : « Les élections législatives des 30 juin et 7 juillet engageront, à un niveau rarement atteint dans l’histoire de la Ve République, les valeurs fondamentales sur lesquelles repose notre démocratie : le respect des personnes et des institutions, la quête de la vérité, la défense de la laïcité et le rejet viscéral de l’antisémitisme et du racisme. C’est peu dire que le Rassemblement national (RN), dont les racines puisent dans les eaux les plus obscures de l’histoire, doit être combattu. Mais ces valeurs ne sauraient souffrir aucun compromis, fût-ce au nom d’un barrage contre l’extrême droite. Elles ne peuvent pas plus être laissées à la merci de ceux qui les malmènent depuis des années. Camouflés au sein d’un prétendu front populaire, les candidats de La France insoumise en trahissent jusqu’à son idéal historique. Face aux risques majeurs engendrés par le cynisme des uns et la lâcheté des autres, nous appelons tous les citoyens qui refusent de se voir dépossédés de leur choix à ne pas se soumettre aux calculs aussi illégitimes que dérisoires. (…) Notre voix ne se portera ni sur un candidat RN ni sur un candidat LFI. ».
Paradoxalement, malgré une proximité idéologique avec lui, Bernard Cazeneuve n'a jamais été proche d'Emmanuel Macron, refusant de se jeter en 2017 dans l'aventure En Marche (par loyauté envers François Hollande). Et inversement, le Président de la République reste très réticent à nommer Bernard Cazeneuve à Matignon car cela signifierait qu'il finirait ses deux mandats là où il les avait commencés, avec un retour à la case départ (sans gagner 20 000 francs ?), celle où Bernard Cazeneuve était Premier Ministre de François Hollande. Il reste qu'objectivement, Bernard Cazeneuve serait la personnalité la plus apte à rassembler toutes les bonnes volontés du pays dans l'intérêt national et le sens de l'État.
Son expérience à Matignon précisément est intéressante dans cette situation de confusion de 2024 où il faut avant tout assurer la continuité de l'État. Il le disait dans une longue interview peu avant la dernière élection présidentielle : « Il n’était plus temps d’engager de grandes réformes, mais seulement de faire en sorte que l’État continue à être tenu, dans un contexte où les ambitions personnelles et les tensions inhérentes à la campagne pouvaient prendre le dessus, en occultant le sens de l’État. ».
C'était ce que disait Bernard Cazeneuve en mars 2022 pour la revue des anciens étudiants de l'IEP, "Émile" n°24 (propos recueillis par Louis Chahuneau, Bernard El Ghoul, Sandra Elouarghi et Maïna Marjany) sur les institutions. L'ancien Premier Ministre estimait que la crise politique n'était pas une crise des institutions mais une crise des acteurs politiques qui ns s'étaient pas élevés à la mesure des enjeux : « Ce ne sont pas les institutions de la Ve République qui sont à bout de souffle, mais le monde politique, les partis et les corps intermédiaires, qui peinent à se hisser à la hauteur des grands défis auxquels la nation est confrontée. Les modes de communication politique ont par ailleurs beaucoup changé : la numérisation et les chaînes d’information en continu ont très largement contribué à la narcissisation de la vie publique et donné le sentiment aux aventuriers égotiques et possiblement extrémistes qu’ils pouvaient endosser les habits du chef de l’État, sans avoir préalablement fait l’expérience des épreuves de la politique, ni pris conscience de la dimension hautement symbolique de la fonction. Imperceptiblement, on s’est éloigné de l’esprit des concepteurs de la Ve République et de la haute idée qu’ils se faisaient de la magistrature suprême. C’est par ailleurs un travers très français, que celui qui consiste, pour la classe politique, à considérer que ses propres manquements sont imputables aux institutions et à vouloir en modifier en permanence les équilibres au gré des modes ou de spéculations de court terme. ».
Il notait cet équilibre subtil des institutions : « La Constitution de 1958 a instauré un équilibre subtil entre les pouvoirs exécutif et législatif. Grâce à l’instrument de la dissolution, le gouvernement pouvait s’assurer que le Parlement ne serait pas tenté d’organiser en permanence l’instabilité gouvernementale ou la paralysie de son action. Inversement, le Parlement pouvait toujours censurer le gouvernement, dès lors qu’il acceptait de prendre le risque de devoir retourner devant les électeurs. Étaient ainsi conjugués la cohérence et la cohésion, le fait majoritaire et le refus de l'arbitraire. ».
La doctrine Cazeneuve sur les institutions est la suivante : « Je suis pour ma part favorable au retour du septennat en accord avec l’esprit des origines de la Ve République : le Premier Ministre doit gouverner au quotidien et le Président arbitrer sur l’essentiel. Le Parlement doit contribuer à l’élaboration de la loi, ainsi qu’à son évaluation, et au contrôle du gouvernement, en usant des pouvoirs dont il dispose déjà. Cette architecture, qui procura à la France des décennies de stabilité politique, a par ailleurs permis à des alternances de s’opérer sans drame et à la nation de surmonter toutes les crises auxquelles elle s’est trouvée confrontée. ».
Et il a mis en garde contre toutes les velléités de remettre en cause notre Constitution, comme le souhaitent Jean-Luc Mélenchon et Olivier Faure : « Je redoute que la VIe République, que certains appellent de leurs vœux, n'aboutisse à rien d’autre qu’au retour de la IVe République, les talents en moins. ».
Et de rester optimiste sur l'avenir du pays : « Les Français aspirent à ce qu'on leur épargne le bruit de fond des commentaires permanents et aléatoires pour ne retenir que ce qui est fondamental à leurs yeux. Je ressens que le temps du retournement des attentes citoyennes est proche et que la crise que nous vivons est annonciatrice d'un nouveau cycle, qui permettra à la pensée rationnelle de reprendre ses droits et à l'esprit de nuance de mieux rendre compte du réel dans toute sa complexité. C’est bien là le préalable à toute action efficace et juste. (…) Je ne pense pas que la France soit condamnée au populisme, dès lors qu'elle décide de ne pas être condamnée à la médiocrité. Je suis optimiste, car j'ai confiance dans l'intelligence du peuple français. Je crois que nous sommes un peuple politiquement intelligent. ». C'était exactement ce qu'exprimait Emmanuel Macron sur Génération Do It Yourself le 24 juin 2024.
Un homme politique aussi structuré, ayant autant le sens des responsabilités, avec un expérience qui lui a fait affronter le pire qu'un gouvernant peut vivre (les attentats en 2015 et 2016), avec sa vision régalienne de la nation, ne peut que s'entendre avec Emmanuel Macron, qui a une vision plus économique de la France, pour gouverner un pays d'ingouvernables.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (01er septembre 2024)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Bernard Cazeneuve, le fol espoirs des socialistes pour la présidentielle de 2027 ?
Bernard Cazeneuve, le thanatopracteur du hollandisme.
Bernard Cazeneuve nommé Premier Ministre.
Bernard Cazeneuve et les valeurs chrétiennes de la France.
Discours de Bernard Cazeneuve le 3 octobre 2015 à Strasbourg (texte intégral).
Bernard Cazeneuve et la sécurité routière.
Le fichier centralisé des 60 millions de visages des Français.
Législatives 2024 (42) : Bernard Cazeneuve et le retour à la case départ ?
Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin.
Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
Appel aux sociaux-démocrates.
Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
Sidération institutionnelle.
Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240901-cazeneuve.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-42-bernard-256580
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/01/article-sr-20240901-cazeneuve.html
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Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin
« On me monte au premier donc, soi-disant pour me sonder. Je me rassure un peu. Je louche. Y avait pas de cercueils au premier. Rien que des lits, entre les paravents. » (Céline, "Guerre", éd. Gallimard, 2022).
Version célinienne des consultations à Élysée... Déjà un mois et demi sans gouvernement et le nouveau Premier Ministre n'est toujours pas nommé. La faute à qui ? Elle est partagée entre le Président de la République et les partis politiques qui composent l'Assemblée Nationale. Aucune majorité, donc la nécessité d'une grande coalition peut-être pas de soutien mais au moins de non-censure.
Le campus du PS qui a commencé ce 29 août 2024 à Blois (l'équivalent d'une université d'été) a montré que les socialistes étaient profondément divisés entre le maintien coûte que coûte au sein du NFP avec le mot d'ordre de Jean-Luc Mélenchon du programme NFP, rien que lui, tout lui, prôné par la direction actuelle sous la houlette du premier secrétaire Olivier Faure, et une part de plus en plus grandissante d'une aile réformiste qui constate l'absence de majorité du NFP et la nécessité de dialoguer avec d'autres forces politiques pour constituer le gouvernement. Selon Jean-Christophe Cambadélis, le prédécesseur d'Olivier Faure, seulement 25 députés socialistes (sur les 66) seraient sur la ligne Mélenchon.
Malgré le NFP, les vocations ne manquent pas pour donner de sa personne au pays (!) : Ségolène Royal, Bernard Cazeneuve, Didier Migaud, Pierre Moscovici se préparent... à tout hasard. Plus le temps passe et plus les noms se multiplient, au point de provoquer quelques éclats de rire sinon des sanglots. L'hilarité du désespéré.
De l'autre côté, Les Républicains, montrant un courage incroyable, refusent absolument de faire partie d'une coalition gouvernementale, préférant se réserver pour l'élection présidentielle. Cette ligne de Laurent Wauquiez a un opposant important, son ancien mentor Nicolas Sarkozy qui, dans une interview au "Figaro", ce vendredi 30 août 2024, a prôné un Premier Ministre issu de la droite parce que jamais les Français n'ont élu une Assemblée aussi à droite que celle de 2024 (ce qui est vrai). Xavier Bertrand, Christine Lagarde, entre autres, sont les propositions de l'ancien chef de l'État.
Dans les deux camps, PS et LR, les "coalitionnistes" (si j'ose les appeler ainsi) insistent sur le moment crucial (le Président de la République voudrait nommer le Premier Ministre avant la rentrée scolaire, il ne lui reste que ce week-end), et si les caciques de LR refusaient le pouvoir, Matignon irait à la gauche. Et réciproquement, si les caciques du PS refusaient le pouvoir, Matignon irait à la droite. La vérité, c'est qu'un gouvernement serait stable si et seulement s'il contenait à la fois des caciques du PS et des caciques de LR.
Les journalistes n'en finissent donc pas de pérorer sur le sujet. Mais cela peut provoquer certaines réactions. Arlette Chabot, éditorialiste politique sur LCI (et ancienne du service public, France 2 et France Inter), s'est cru obligée de mêler ses propres convictions aux contraintes du jeu politique actuel. Elle a dit que la clef pour la participation des socialistes au gouvernement, ce serait l'instauration de la proportionnelle (lorsqu'on en parle, il s'agit bien sûr pour le scrutin des élections législatives).
Sa raison est la même que celle de François Bayrou : avec la proportionnelle, les socialistes retrouveraient leur liberté et pouraient se désengager des mélenchonistes. Cette raison est à la fois fausse politiquement et honteuse philosophiquement.
Même avec un scrutin proportionnel, Jean-Luc Mélenchon imposerait une liste unique aux législatives pour avoir le meilleur ratio nombre de sièges sur nombre de voix. Et même si chaque parti du NFP y allait avec sa propre liste, cela ne changerait pas la situation des grandes villes aux élections municipales de 2026 qui serait un désastre pour le PS en cas de liste mélenchoniste contre lui.
Mais le plus grave est la philosophie de la proposition : on veut bouleverser les institutions pour le simple intérêt d'un parti. Et, comme je viens de l'expliquer, ce n'est même pas l'intérêt du PS, car cela n'empêcherait pas l'emprise de Jean-Luc Mélenchon sur toute la gauche qui provient des acteurs du drame et pas de la règle du jeu. En effet, tant que les socialistes n'ont pas un leader historique valable, du genre de François Mitterrand ou de Lionel Jospin, Jean-Luc Mélenchon (malgré son âge) dominera largement l'espace politique de la gauche, et en particulier lors de l'élection présidentielle qui est une compétition de personnalités plus que de partis politiques.
Néanmoins, il y a une inquiétude : des journalistes bien informées pensent que le Président Emmanuel Macron serait très ouvert pour instaurer la proportionnelle si cela était nécessaire pour former le gouvernement. C'est cette inquiétude que j'exprime donc ici. J'ai déjà, à de très nombreuses reprises, évoqué le poison institutionnel qu'était le scrutin proportionnel pour les élections législatives.
Aujourd'hui, la proportionnelle est sans fondement, sans intérêt, puisque les Français ont voté comme si c'était la proportionnelle avec une Assemblée ingouvernable. La preuve n'est pas encore tout à fait établie, mais depuis juillet 2024, voire depuis juin 2022, la France a du mal à être gouvernée par absence de majorité absolue. Le scrutin proportionnel ne résoudrait rien de ce problème important : l'absence de majorité absolue. Au contraire, le scrutin proportionnel empêcherait à l'avenir toute majorité absolue éventuelle. Et ce serait définitif, car qui dit absence de majorité absolue dit absence de majorité pour rechanger le mode de scrutin.
Il faut être clair : tous les mouvements politiques significatifs du paysage politique sont aujourd'hui bien représentés à l'Assemblée Nationale, il n'y a donc pas de déni démocratique avec le scrutin majoritaire à deux tours. À un seul tour, le 30 juin 2024, il y aurait eu une très large majorité absolue, de l'ordre de 350 à 400 députés pour le RN ! (scrutin britannique). Les deux tours ont permis de corriger le tir, puisque deux tiers des Français ont refusé un gouvernement RN. Les prétentions de la gauche mélenchoniste devraient se rappeler d'où on partait au moment de la dissolution, d'un gouvernement Bardella à 65% des sièges. Cette gauche-là pourrait être plus humble et admettre que cette victoire RN a été évitée grâce à la conjonction du NFP et du camp présidentiel, et sans ce dernier, la majorité serait allée au RN.
Avec la proportionnelle, tout le monde y perdrait. D'abord, bien sûr, le RN, qui pourtant avait pour tradition historique de réclamer la proportionnelle car le scrutin majoritaire l'empêchait d'avoir des élus. Aujourd'hui, on voit bien qu'il n'y a plus de plafond de verre, et pour pouvoir gouverner seul, le scrutin majoritaire est indispensable au RN.
Mais ce qui est valable pour le RN est valable pour tous les partis dits de gouvernement, LR évidemment, mais aussi le PS. En voulant la proportionnelle, le PS s'interdirait de gouverner seul, et le pire, c'est que le PS est sans doute le parti qui a le plus profité du scrutin majoritaire, tant en 1981 (s'affranchissant des communistes) qu'en 1997 (tirant son épingle du jeu lors de triangulaires avec le FN).
La victoire législative du camp macroniste en 2017, un parti politique sans histoire, sans tradition, sans idéologie, venu de nulle part, et la victoire au premier tour du 30 juin 2024 du RN ont montré que le scrutin majoritaire n'empêchait pas à des partis marginaux, centristes ou extrémistes d'atteindre la majorité absolue leur permettant de gouverner seul. La démonstration a été interrompue pour le RN, mais ce parti reste encore le favori des prochains scrutins nationaux, c'est ce que la gauche semble avoir complètement oublié depuis un mois et demi.
On voit bien qu'aucun parti n'est partant pour faire cette grande coalition qui est nécessaire pour gouverner. La proportionnelle rendrait cette coalition nécessaire à tous les coups. La classe politique, visiblement, n'y est donc pas prête puisque chacun reste sur ses positions de manière obstinée.
Enfin, avec la proportionnelle, ce serait avant tout le peuple qui serait le grand perdant. Les électeurs qui, de bonne foi, voteraient pour un parti ne sauraient absolument pas ce qu'adviendrait leur vote, ne sauraient pas si ce parti serait dans une coalition ou une autre. C'était le principe du scrutin majoritaire, qui n'a pas fonctionné cette fois-ci, celui de conclure des alliances, des coalitions avant les élections, en toute transparence, et pas après les élections, dans des conciliabules, dans de la cuisine politicienne, hors de tout contrôle des électeurs.
Au-delà du choix des alliances et des programmes, ce serait bien le choix des personnes qui serait remis en cause par la proportionnelle puisque l'avantage pour les partis, c'est de choisir eux-mêmes ses cadres, et pas leurs électeurs, qui serait ou ne serait pas député, simplement avec l'ordre dans la liste. Tous les apparatchiks seraient alors en tête de liste et seraient élus automatiquement. Pour être sur une place éligible, il ne faudrait plus aller parler aux électeurs et les convaincre, smais simplement se prostituer auprès des chefs du parti.
L'intérêt national ? Aucun. L'intérêt des appareils de parti serait en revanche énorme puisqu'ils pourraient placer leurs permanents à des places éligibles, ce qui permettrait de les financer (au frais de la République). Quant aux personnalités un peu particulières, originales, hors parti, elles ne pourraient plus être élues faute d'un parti suffisamment fort pour gagner des sièges : exit les Nicolas Dupont-Aignan (certes battu en 2024), Bernard Tapie, Christine Boutin, Jean Lassalle, Philippe de Villiers, et autres électrons libres, qui n'auraient jamais été élus députés sans scrutin majoritaire (protégée de Raymond Barre, Christine Boutin a été élue en 1986 parce qu'elle n'était pas encore Christine Boutin et elle s'est émancipée seulement plus tard). Ces personnalités un peu en dehors de la norme politique, aussi singulières soient-elles, ont beaucoup apporté à la vie politique par leur pluralisme, leur originalité, leur origines diverses. Elles contribuent aussi le renouvellement de la classe politique.
Enfin, à l'heure où le fossé est grandissant entre la classe politique et le peuple, la proportionnelle accroîtrait encore plus ce fossé en éloignant les députés de leurs électeurs. Attachés à une circonscription, les députés ont un rôle majeur auprès de la population de leur circonscription, on dit souvent qu'ils sont des assistantes sociales, confrontés à des problèmes de recherche d'emploi, de logement, etc. Ce lien avec la réalité populaire, déjà meurtri par l'interdiction du cumul avec un mandat local opérationnel (comme maire), est pourtant essentiel pour la cohésion des institutions. Sans cet attachement à une circonscription, le député deviendrait hors sol, et n'aurait plus les moyens de comprendre sur le terrain les conséquences des lois votées ni d'envisager de les améliorer. Qui connaît le nom de la totalité (les 81) députés européens élus le 9 juin 2024 ? Quel député européen sortant, à la fin de son mandat, a fait un bilan entendu de son mandat, autrement que sur son blog que personne ne lit ?
La proportionnelle n'est qu'une idée de politiciens pour politiciens. Des journalistes aussi y croient, ainsi que des constitutionnalistes, car cela ferait de nouvelles normes, et toute nouveauté est bonne à prendre, pour les journalistes, cela fait de l'audience, pour les universitaires, cela fait de l'expérimentation en grandeur nature. Mais le peuple n'est pas un jouet.
Le problème actuel qui se pose depuis le 7 juillet 2024, ce n'est pas du tout le mode de scrutin. En amont, c'est le fait que les électeurs ont envoyé à l'Assemblée une représentation très éclatée de la vie politique. En aval, c'est le fait que les partis politiques ne sont pas (encore) capables d'appréhender cette décision des électeurs et veulent gouverner à 100% ou ne rien faire (aut Ceasar aut nihil).
L'intérêt national, ce n'est pas modifier la règle du jeu pour que la prochaine fois, ce soit encore pire que cette fois-ci. L'intérêt national, c'est de prendre ses responsabilités avec la situation parlementaire de fait voulue par les électeurs (bien malgré eux), et de travailler ensemble pour le bien commun. Et parmi les sujets les plus chauds, il y en a un qui nécessite un ressaisissement évident, c'est le logement : il faut trouver de nouveaux mécanismes pour favoriser la construction de nouveaux logements. Toute la politique du logement est à revoir, et celle-ci ne se détermine pas par une idéologie quelconque, mais par des propositions concrètes. Il y a ainsi quelques domaines sur lesquels le prochain gouvernement pourrait travailler hors de toutes arrières-pensées politiciennes et électoralistes, hors de toute passion, de toute colère, de toute démagogie, pour le bien commun.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (30 août 2024)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Législatives 2024 (41) : intérêt national et mode de scrutin.
Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
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Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
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Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
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Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
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Sidération institutionnelle.
Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240830-proportionnelle.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-41-interet-256544
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/30/article-sr-20240830-proportionnelle.html
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Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
« Les leaders de gauche dénoncent un coup de force, mais c’est une posture, ils cherchent à mobiliser la rue. Ils ont leur part de responsabilité dans la paralysie actuelle. Et ils savent bien qu’il n’y a pas eu de coup de force, que la Constitution permet d’agir ainsi, que face à une situation inédite, absolument inédite depuis le début de la Cinquième République, il n’y a ni règle, ni jurisprudence. Seul un article 8 : le Président nomme le Premier Ministre. Point final. » (Patrick Cohen, le 28 août 2024 sur France Inter).
Depuis lundi, le journaliste politique Patrick Cohen a repris ses chroniques politiques matinales sur France Inter. Il est l'un des journalistes emblématiques de France Inter.
Après des débuts sur RTL, un passage sur France Inter puis sur Europe 1, Patrick Cohen (bientôt 62 ans) a été nommé par le directeur de France Inter Philippe Val aux commandes de la matinale (7h-9h) pour remplacer Nicolas Demorand (parti à Europe 1 puis à "Libération"). Il y a officié de 2010 à 2017, date à laquelle il est retourné à Europe 1 mais jusqu'en 2021, la station privée étant en pleine déconfiture. Depuis lors, et jusqu'à cet été, Patrick Cohen végétait un peu journalistiquement. Certes, depuis 2011, il tient une chronique quotidienne le soir chez Anne-Sophie Lapix sur France 5 ("C à vous") et il se fait plaisir depuis 2018 sur LCP à choisir les rediffusions les plus ringardes (celles qui ont marqué son enfance ?) pour "Rembob'INA" (rediffusant parfois de petites pépites de la télévision française), mais il restait sous-exploité.
À cette rentrée, il reprend donc du service chez France Inter, dans la matinale dirigée par... Nicolas Demorand revenu au bercail depuis 2017 (à la rentrée 2023, il avait été question que Patrick Cohen reprît la matinale de France Culture, mais cela aurait été une concurrence déloyale pour l'autre chaîne de Radio France, France Inter avec Nicolas Demorand). Non sans polémiques puisqu'il remplace Yaël Goosz qui reste toutefois sur France Inter pour la chronique politique du soir (et qui officie aussi sur LCI), ce qui a fait adopter une motion de défiance des journalistes le 11 juillet 2024 contre l'actuelle directrice de France Inter.
Dans sa chronique de rentrée, le lundi 26 août 2024, Patrick Cohen remarquait une différence dans la situation politique entre le début de l'été, après les élections et cette fin de l'été : « Il n'y a toujours pas de gouvernement issu des élections du 7 juillet. La France fait sa rentrée dans le même état d’incertitude politique qu’il y a un mois et demi… Dans le même état ? Pas tout à fait. Il y eut entre-temps ce moment collectif exceptionnel, ces Jeux du dépassement, du rassemblement et de la fierté, ce rayonnement français venu démentir l’idée d’un pays en crise, en déclin, en repli et en morceaux qui ne se parle plus et ne se reconnaît plus. Soit la sombre vision portée par le Rassemblement national et ses 10 millions d’électeurs. L’autodénigrement a été balayé par les éloges étrangers, les passions tristes par des joies partagées. Le parti à la flamme, par la flamme olympique. (…) Alors aujourd’hui, dans ce flux médiatique et numérique ininterrompu qui charrie une masse toujours changeante d’émotions sans lendemain, faisons le pari d’une exception olympique, d’un événement qui change nos regards citoyens, qui redonne confiance et nous transcende. Et d’une France moins crispée, moins archipellisée qu’il n’y paraît. ».
Malgré cela, l'éditorialiste admettait que la situation est très difficile. Il reprochait à l'ensemble de la classe politique de ne pas y mettre du sien. Et d'abord la gauche qui revendique la victoire : « [Elle] aurait pu, [elle] aurait dû se mettre en quête de la centaine de députés qui lui font défaut à l’Assemblée pour nouer une majorité. Ou au moins pour ne pas être censurée. La tâche eût été difficile mais les leaders du front populaire n’ont même pas essayé. Ce que Jean-Luc Mélenchon a écarté dès le soir du second tour, le 7 juillet à 20h05, refusant, je le cite, tout "subterfuge, arrangement, combinaison" et toute négociation sur le programme du NFP. Position qui n’a pas bougé, malgré la levée du verrou des ministres LFI ce week-end. ».
Mais tous les partis sont responsables de l'actuelle impasse : « Chacun campe dans son couloir. Travailler ensemble, c’est trahir. Passer des compromis, c’est se compromettre. Partager le pouvoir, c’est renoncer à incarner l’alternance pour la prochaine présidentielle. ».
Dans sa chronique du mardi 27 août 2024, Patrick Cohen est revenu sur le communiqué de l'Élysée de lundi soir selon lequel Emmanuel Macron renonçait à nommer Lucie Castets à Matignon et tout gouvernement de la nouvelle farce populaire (NFP) au nom de la « stabilité institutionnelle ». Les consultations des 23 et 26 août ont en effet montré qu'au moins 350 députés seraient prêts à voter la censure immédiatement en cas de nomination d'un gouvernement purement NFP (avec ou sans ministres insoumis). Le journaliste y a vu une nouvelle version du fameux sketch du rond-point de Raymond Devos : « J’appelle un agent, il me dit : je sais, c'est une erreur. Et les gens tournent depuis combien de temps ? Depuis plus d’un mois. Voilà, nous y sommes ! Quarante-deux jours à tourner en rond, à tenter de trouver la sortie d’une équation insoluble, d’une Assemblée composée de minorités, chacune à la merci de toutes les autres. ».
Alors, Patrick Cohen a essayé de faire des constats « factuellement incontestables ». Il a rappelé le premier vote de la nouvelle Assemblée : « La gauche, on l’oublie, a déjà été battue dans cette nouvelle Assemblée, avec le communiste André Chassaigne, coiffé par la Présidente réélue Yaël Braun-Pivet. Fallait-il se donner la peine de vérifier l’hostilité de près des deux tiers des députés ? » [en cas de nomination de Lucie Castets]. Pour gouverner, le RN était préféré à la gauche au premier tour : « 25% des voix seulement au premier tour, 33 pour le RN. Ils n’ont pas non plus choisi Lucie Castets, qui n’était ni dans les urnes, ni dans le débat. ».
Le deuxième constat, c'est la défaite du camp présidentiel. Mais Patrick Cohen a mis en garde contre des interprétations oiseuses du genre : "Les Français ont voulu ça, etc." : « [L'ex-majorité affirme] que les Français ont voté pour une grande coalition, ce qui est absurde. Est-ce que vous connaissez un seul électeur qui vote Tartempion plutôt que Macheprot, en espérant que Tartempion n’aura pas trop de voix pour gouverner tout seul et qu’il sera obligé de partager le pouvoir avec Macheprot ? Cela n’a pas de sens : chacun n’est comptable et stratège que de son propre vote. La nécessité d’une coalition obéit à une logique politique et parlementaire, pas à une volonté électorale. On fait semblant de croire que la composition d’une Assemblée est le produit d’une savante délibération collective, mais ça n’est qu’un agrégat de votes et d’opinions individuelles qui forment parfois des majorités. Et parfois pas. ».
Troisième et dernier constat : « Il n’y a eu qu’une expression clairement majoritaire, le 7 juillet : le refus d’un gouvernement Rassemblement national, puisque toute la campagne de second tour, et toute l’offre électorale, avec les désistements du front républicain, ont tourné autour de cette question : voulez-vous, ou non, que Jordan Bardella gouverne le pays ? La réponse a été non à 63%, 17 millions 200 000 électeurs, mêlant leurs voix, gauche, droite, centre, pour faire barrage. C’est le seul message réellement majoritaire qui a conduit à cette Assemblée morcelée. ».
Dans la chronique de ce mercredi 28 août 2024, Patrick Cohen a peut-être répondu à la chronique de son confrère Daniel Schneidermann, complètement mélenchonisé depuis les massacres du Hamas du 7 octobre 2023, qui était de mauvaise foi contre lui le 27 août 2024 : « Heureusement, dans la débâcle de la Macronie, il a encore des porte-parole : Patrick Cohen est revenu à France Inter. L'ancien présentateur s'est refait une virginité dans un lieu moins exposé, l'avant-soirée de France 5, où il a signé des éditos-enquêtes souvent factuellement bien charpentés. Il est temps pour lui de revenir dilapider ce capital de crédibilité dans l'exercice de l'avocat officieux du pouvoir. ».
Après avoir repris tous les points de la chronique du 27 août 2024 de Patrick Cohen, Daniel Schneidermann s'est posé la question : « Comment incarner ce refus du RN, autrement que par une ""grande coalition" ? Patrick Cohen nous le dira demain. ».
D'où la mise au point le lendemain de l'éditorialiste de France Inter : « On le répète : l’expression d’une aspiration au changement a été massive. Et le fait que rien n’ait encore changé depuis un mois et demi est logiquement regardé comme une anomalie démocratique. ». Mais ce n'est pas pour autant un coup d'État d'Emmanuel Macron comme le répètent les adorateurs du gourou des insoumis Jean-Luc Mélenchon : « Les leaders de gauche dénoncent un coup de force, mais c’est une posture, ils cherchent à mobiliser la rue. Ils ont leur part de responsabilité dans la paralysie actuelle. Et ils savent bien qu’il n’y a pas eu de coup de force, que la Constitution permet d’agir ainsi, que face à une situation inédite, absolument inédite depuis le début de la Cinquième République, il n’y a ni règle, ni jurisprudence. Seul un article 8 : le Président nomme le Premier Ministre. Point final. ».
Patrick Cohen a toutefois voulu faire la différence entre la légalité qui provient de l'arithmétique parlementaire et la légitimité politique : selon lui, le Président de la République devrait expliquer aux Français pourquoi il n'a pas nommé Lucie Castets à Matignon afin de faire partager sa réflexion en toute transparence : « Emmanuel Macron a encore une fois oublié de faire de la politique, c’est-à-dire accompagner l’opinion, anticiper ses réactions, expliquer ce qu’on fait et pourquoi on le fait, manifester de la compréhension à l’égard des Français qui attendent que leur vote soit pris en compte. Cesser d’apparaître comme le démiurge dont tout procède dans le secret de l’Élysée. Bref d’une façon ou d’une autre, rendre le pouvoir aux électeurs. ».
Et il est allé plus loin dans son raisonnement : « Faire de la politique en l’occurrence, aurait conduit à nommer Lucie Castets. En posant une condition : qu’elle demande une session extraordinaire du Parlement, puisque c’est une prérogative du Premier Ministre. Pour y engager sans délai la responsabilité de son gouvernement, et ne rien entreprendre sans se soumettre au vote des députés. Tout le monde alors aurait été fixé. Et un échec à l’Assemblée aurait libéré une partie des forces de gauche aujourd’hui sous tutelle du NFP, pour aller tenter autre chose. ».
Le problème, c'est que Lucie Castets elle-même avait clairement annoncé qu'elle voulait appliquer tout le programme du NFP, rien que le programme du NFP. Pour elle, il n'y avait donc aucune matière à négocier avec d'autres groupes et c'est pour cette raison qu'elle n'est pas aujourd'hui à Matignon. C'est normal, car elle est prisonnière des insoumis qui lui ont eux-mêmes donné ce mandat impératif. Il reste que les socialistes sont très divisés sur la stratégie à tenir et les deux concurrents du premier secrétaire Olivier Faure au dernier congrès du PS, à savoir le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol et Hélène Geoffroy, ont clairement souhaité la formation d'une large coalition d'union nationale et que le PS s'affranchisse de la tutelle de Jean-Luc Mélenchon.
Contrairement à ce que Daniel Schneidermann, Patrick Cohen est loin d'être un soutien des macronistes (on le saurait à France Inter !). Mais il est capable d'objectivité et de lucidité sur la situation actuelle qui ne satisfait personne et dont l'issue ne satisfera certainement pas au moins la majorité des Français. Simplement, dans une classe politique hystérisée par la rage mélenchonique, tout député prêt au dialogue est devenu un traître au regard des siens, ce qui est absurde. Avant de regarder l'intérêt de leur parti, les responsables politiques doivent d'abord promouvoir l'intérêt national, et celui-ci impose qu'ils prennent leurs responsabilités pour (enfin) gouverner la France. Ensemble, faute de majorité absolue d'un des trois blocs.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (28 août 2024)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Législatives 2024 (40) : Patrick Cohen a raison !
Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
Législatives 2024 (24) : Huguette Bello, mélenchonette en peau de lapin.
Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
Résultats du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024.
Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
Appel aux sociaux-démocrates.
Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
Sidération institutionnelle.
Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240828-patrick-cohen.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-40-patrick-cohen-256510
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/28/article-sr-20240828-patrick-cohen.html
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Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
« Pour l’immense majorité des parlementaires qui se sont exprimés, un gouvernement avec le programme du NFP, c’est-à-dire de LFI, et des ministres de LFI, c’est impossible. » (François Bayrou, le 24 août 2024).
Ce vendredi 23 août 2024 a marqué un jour important pour le processus de nomination du futur gouvernement : le Président Emmanuel Macron a décidé de consulter tous les groupes et partis politiques représentés au Parlement. C'est le temps nouveau des consultations présidentielles, inédit sous la Cinquième République.
Beaucoup de désinformations ont accompagné ces rendez-vous pourtant cruciaux. La première, c'était de dire que ces consultations seraient inutiles et que ce ne serait que des jeux de rôle ; mais si Emmanuel Macron n'avait pas pris l'initiative de ces consultations, on le lui aurait aussi reproché. La deuxième, c'est aussi de dire qu'Emmanuel Macron voudrait faire durer les choses, ne serait pas très rapide. C'est une indiscrétion du "Canard enchaîné" qui a révélé que si la date de ces consultations étaient si tardives, ce n'était pas à cause de l'Élysée mais bien à cause des représentants de la gauche ultradicalisée : le Président de la République leur avait proposé de venir le 19 ou le 20 août 2024 mais ces messieurs dames de gauche étaient encore en vacances et ne voulaient pas raccourcir leurs vacances. On voit à quel point le climat est malsain où n'importe quoi est dit sur n'importe qui, sans vérification, sans source, sans autre boussole que la détestation, l'humeur et la rumeur.
Alors, venons-en au fait, et le fait, c'est que l'Assemblée Nationale est divisée en trois voire quatre blocs qui sont à la fois insuffisants tout seuls pour gouverner mais incompatibles entre eux. Et j'en viens à la troisième désinformation pourtant évidente : non ! Emmanuel Macron n'est pas responsable de cet état de fait. Le Président de la République est bien entendu responsable de la dissolution de l'Assemblée, mais il n'est pas responsable des résultats très contrastés de ces élections législatives anticipées qui se résument finalement à trois rejets des Français : rejet du gouvernement actuel des macronistes, mais aussi rejet d'un gouvernement RN et rejet d'un gouvernement NFP ou FI. Ce triple rejet, ce sont les électeurs qui l'ont exprimé collectivement sans formuler d'adhésion précise à l'un des trois blocs.
Rappelons à tous ces beaux parleurs qui crient à la démocratie bafouée en n'hésitant pas à vouloir destituer le Président de la République (et qui soutiennent par ailleurs des dictateurs notoires comme Maduro qui ont trahi la volonté des électeurs), qu'Emmanuel Macron n'était pas obligé de dissoudre et de redonner la parole au peuple, que de nombreux groupes politiques avaient réclamé cette dissolution et ce retour au peuple avant les élections européennes, et que si Emmanuel Macron ne l'avait pas fait, on l'aurait critiqué pour ne pas avoir voulu entendre le peuple aux élections européennes ni vouloir lui donner la parole pour les législatives. Bref, quoi qu'il fasse depuis toujours, tout ce que dit, fait, ou ne dit pas, ne fait pas Emmanuel Macron est mauvais : tant de mauvaise foi est telle que les oppositions sont inaudibles dans leur rationalité et leur éventuelle bonne foi, quand elle en a.
Les faits, ce sont donc les entretiens à l'Élysée. La journée du 23 août 2024 fut très chargée pour le Président de la République. Cela a commencé avec les représentants de la nouvelle farce populaire (NFP) venus ensemble au rendez-vous, menés par Lucie Castets avec sa belle tête de champion (voir "Le Dîner de..."), encadrée par Manuel Bompard, Marine Tondelier, Fabien Roussel, avec aussi Olivier Faure, Mathilde Panot, Cyrielle Chatelain, Boris Vallaud et Stéphane Peu. Tous étaient presque endimanchés, avec cravate pour les hommes (sauf Olivier Faure), et Marine Tondelier a même délaissé sa veste verte qui a tant fait pour sa notoriété (quelle ingratitude !).
Le rendez-vous suivant était la rencontre avec le camp présidentiel, arrivé en ordre dispersé. Il y avait Gabriel Attal, puis Édouard Philippe, Laurent Marcangeli et Claude Malhuret, puis Laurent Hénart, Stéphane Séjourné et Marc Fesneau, puis François Patriat, puis François Bayrou.
Les représentants de LR ont aussi été reçus, avec Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau et Annie Genevard. Enfin, ceux de LIOT également n'ont pas été oubliés (ainsi que le président du groupe centriste au Sénat et président de l'UDI Hervé Marseille). Il ne reste plus que les représentants du bloc RN, à savoir Marine Le Pen, Jordan Bardella et Éric Ciotti, qui viendront ce lundi 26 août 2024 (ils ne pouvaient pas vendredi, ils avaient piscine). L'Élysée a aussi communiqué sur une rencontre avec Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher, les Présidents des deux assemblées parlementaires.
En somme, toute l'Assemblée Nationale a défilé à l'Élysée. Pour quel résultat ? On précise à l'Élysée que la nomination du Premier Ministre sera rapide, prévue peut-être pour le 27 août 2024 (avant la cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques le 28 août 2024). On peut douter de cet agenda car Emmanuel Macron a toujours été lent dans ses nominations gouvernementales, même lorsqu'il avait une majorité absolue. Ce qui est sûr, c'est que, d'une part, aucun changement notable de position n'a été enregistré à cette occasion, mais d'autre part, ces positions ont été officiellement exprimées, actées en quelque sorte devant les institutions.
Quelles sont ces positions ?
Celle du NFP, c'est de dire (avec un problème de calcul) : le NFP est arrivé en tête et c'est donc au NFP de gouverner. Raisonnement doublement foireux car il n'est pas arrivé en tête, sinon, André Chassaigne aurait été élu Président de l'Assemblée Nationale, ce qui n'est pas le cas. Cela signifie qu'une majorité relative plus importante existe avec le bloc central et LR. De plus, même s'il était arrivé en tête, l'important est d'être capable de rassembler une majorité à l'Assemblée, ce qui n'est pas le cas pour le NFP.
Rappelons simplement qu'en Espagne, aux élections législatives du 23 juillet 2023 ont placé au premier rang le Parti populaire (PP), de droite, avec 33,1% des voix et 137 sièges sur 350, ce qui faisait un gain de 49 sièges par rapport aux sortants (et une progression de 12 points en pourcentages des suffrages exprimés). Mais le PP est resté dans l'opposition, car le Parti socialiste (PSOE) du Premier Ministre Pedro Sanchez, qui n'a obtenu que 31,7% des voix et 121 sièges, a pu rassembler les indépendantistes catalans (et autres régionalistes) et former une majorité, ce qui a permis aux socialistes espagnols de continuer à gouverner malgré l'avance du PP. À ma connaissance, je ne connais aucun dirigeant actuel du NFP qui aurait contesté la légitimité du gouvernement socialiste de Pedro Sanchez depuis un an.
Le premier secrétaire du PS Olivier Faure s'est répandu dans les médias, en cette fin de semaine, avec une critique complètement stupide : en raison du front républicain contre le RN, les partis du camp présidentiel sont priés de ne pas censurer un gouvernement qui appliquerait la programme du NFP ! Et il pense que ce n'est pas démocratique de vouloir censurer un gouvernement qui agirait dans la direction complètement contraire aux convictions des députés du camp présidentiel !
Eh bien, il faut rappeler à Olivier Faure que les électeurs des députés du camp présidentiel n'ont pas voulu le NFP et parfois, on leur a même dit, pour faire barrage au RN, qu'ils pouvaient voter pour un candidat NFP voire insoumis, car le programme du NFP ne serait jamais appliqué ! Comment voulez-vous que le peuple ne se rebelle pas quand il a montré qu'il était très globalement à droite, et même très à droite, et qu'un gouvernement minoritaire irait très à gauche, parmi les éléments les plus radicalisés de la gauche ?
Invité de TF1 le 24 août 2024 après son discours à Châteauneuf-sur-Isère de la veille où il n'a fait que de l'antimacronisme primaire (très stérile, mais ça plaît terriblement aux militants !), Jean-Luc Mélenchon a fait encore mieux qu'Olivier Faure dans les déclarations délirantes : il a proposé que les insoumis ne soient pas membres du futur gouvernement de Lucie Castets et a demandé au bloc central ce qu'il ferait dans ce cas. Il n'a décidément rien compris, mais comme il est intelligent, il le fait exprès : l'important, ce ne sont pas les hommes (et les femmes) qui seront au gouvernement, l'important, c'est la politique qu'il mènera pour la France. Tant que Lucie Castets s'acharne à ne vouloir faire qu'appliquer le programme du NFP et rien que lui, elle n'a aucune chance de ne pas récolter la censure à la première seconde où elle sera nommée à Matignon le cas échéant. Ce n'est pas la faute à pas d'chance, c'est le résultat des élections, c'est-à-dire de la volonté populaire : il n'existe aucune majorité NFP à l'Assemblée Nationale !
Le seul salut pour un gouvernement stable, c'est un gouvernement qui affiche une feuille de route très légère, sur quelques points très spécifiques (et en particulier sur le logement qui ne devrait pas susciter de clivages politiques insensés) sur lesquels se mettrait d'accord une majorité d'action. Mais pour cela, encore faut-il parler de la politique gouvernementale (comme l'a fait du reste LR) et pas exclusivement des personnes éventuellement chargées de l'appliquer.
Ce qui est clair en tout cas, c'est que les députés du bloc central et les députés LR (et les députés RN) voteraient la censure si un gouvernement était nommé pour appliquer le programme du NFP, c'est-à-dire le programme de Jean-Luc Mélenchon que ne veut absolument pas une majorité du peuple français. C'est ça, la démocratie, comprendre qu'il y a une majorité absolue contre soi.
Dans les noms qui auraient été cités par Emmanuel Macron à différents interlocuteurs, il y aurait : Valérie Pécresse (présidente du conseil régional d'Île-de-France), Xavier Bertrand (président du conseil régional des Hauts-de-France), David Lisnard (maire de Cannes), Jean-Louis Borloo (ancien maire de Valenciennes et ancien ministre), Bernard Cazeneuve (ancien maire de Cherbourg et ancien Premier Ministre). On pourrait en ajouter plein d'autres, comme Charles de Courson (qui a toujours été dans l'opposition à Emmanuel Macron) ou encore Karim Bouamrane (maire de Saint-Ouen).
La position de LR est beaucoup plus ambiguë. Elle est de dire : LR ne censurerait pas un gouvernement qui n'appliquerait pas le programme du NFP et qui n'aurait pas de ministre insoumis, mais LR ne participerait dans tous les cas à aucun gouvernement, même si celui-ci appliquait la politique proposée dans le pacte présenté par LR le 22 juillet 2024. Avec l'élection de Yaël Braun-Pivet au perchoir, on a pu comprendre que les députés LR faisaient front commun avec les députés du bloc présidentiel, mais on pourrait aussi analyser la situation comme une faute complète de stratégie de LR depuis deux ans.
En effet, entre 2022 et 2024, Emmanuel Macron a multiplié les occasions pour faire une véritable alliance de gouvernement entre les macronistes et LR, notamment sur la réforme des retraites et sur la loi Immigration (une telle alliance aurait eu la majorité absolue). Or, pour se distinguer des macronistes, les députés LR ont refusé toute cause commune, même lorsque les textes avaient obtenu l'accord du groupe pléthorique LR au Sénat. Dans l'explication présidentielle, cela a motivé la dissolution en raison d'une situation de confusion au sein de l'Assemblée.
La dissolution avait donc pour réel objectif une clarification de la situation confuse de la précédente législature. La réalité, c'est que la situation est devenue encore moins claire à cause du groupe pléthorique du RN, le premier groupe à l'Assemblée. Résultat pour LR : au-delà de sa très profonde scission entre l'aile Wauquiez et l'aile Ciotti (pourtant, Éric Ciotti avait été élu président de LR pour soutenir Laurent Wauquiez à l'élection présidentielle de 2027), LR a perdu des sièges et se retrouve obligé, pour cause d'esprit de responsabilité, de finalement faire une alliance plus ou moins assumée avec les macronistes, et celle-ci ne suffit encore pas pour atteindre la majorité absolue, il manquerait encore une cinquantaine de sièges provenant des bancs socialistes.
Par conséquent, le Premier Ministre devra être soit une personnalité de LR qui a des capacités de relations de travail avec le PS, soit une personnalité du PS qui a des capacités de relations de travail avec LR. De plus, il aura dû être en opposition frontale avec Emmanuel Macron, pour ne pas être accusé d'être simplement un fondé de pouvoir du Président et pour démontrer que la politique du gouvernement émanera bien de Matignon et pas de l'Élysée comme dans n'importe quelle cohabitation. Enfin, il devra avoir autorité et expérience sur les procédures législatives car ni l'extrême gauche ni l'extrême droite ne le rateront. Équation complexe, celle des mains tendues !
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (24 août 2024)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Législatives 2024 (39) : Consultations et mains tendues !
Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
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Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
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Législatives 2024 (17) : rien n'est joué dimanche prochain !
Législatives 2024 (16) : la question de dimanche prochain.
Législatives 2024 (15) : les promesses n'engagent que ceux qui y croient !
Législatives 2024 (14) : la revanche des gilets jaunes ?
Législatives 2024 (13) : fortes mobilisations au premier tour.
Résultats du premier tour des élections législatives du 30 juin 2024.
Appel aux sociaux-démocrates.
Éric Le Boucher : la France va plutôt bien (27 juin 2024).
Législatives 2024 (12) : un isoloir, ce n'est pas un cabine d'essayage !
Législatives 2024 (11) : front, rassemblement, union nationale, barrage, consignes de vote...
Législatives 2024 (10) : il était une fois Jordan Bardella, Gabriel Attal et Manuel Bompard.
Législatives 2024 (9) : Emmanuel Macron et son n'ayez-pas-peur !
Interview d'Emmanuel Macron à Génération Do It Yourself le 24 juin 2024 (podcast intégral).
Lettre aux Français d'Emmanuel Macron le 23 juin 2024 (texte intégral).
Législatives 2024 (8) : la bataille de Matignon.
Le programme aux élections législatives du 30 juin 2024 d'Ensemble pour la République (document à télécharger).
Législatives 2024 (7) : Ensemble pour la République.
Législatives 2024 (6) : Nicolas Sarkozy et François Fillon bougent encore !
Législatives 2024 (5) : le trouble de Lionel Jospin.
Législatives 2024 (4) : l'angoisse de Manuel Valls.
Législatives 2024 (3) : François Hollande dans l'irresponsabilité totale !
Législatives 2024 (2) : clarification ou chaos ?
Législatives 2024 (1) : vaudeville chez Les Républicains.
Sidération institutionnelle.
Élections européennes 2024 (4) : la surprise du chef !
Résultats des élections européennes du dimanche 9 juin 2024.
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240823-consultations.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-39-consultations-256471
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/08/24/article-sr-20240823-consultations.html
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Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre
« Le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du gouvernement. Sur la proposition du Premier Ministre, il nomme les autres membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions. » (Article 8 de la Constitution du 4 octobre 1958).
La fin de l'été arrive et se précise le choix (périlleux) du prochain Premier Ministre. Faut-il rappeler les deux principales leçons des élections législatives anticipées ? La première, c'est que le camp présidentiel a perdu ces élections. Tout le monde en convient, l'opposition la première, bien sûr. La seconde, c'est que personne n'a gagné ces élections. Et là, il manque aux mélenchonistes et affiliés cette lucidité arithmétique : leur nouvelle farce populaire (NFP) ne dispose que de 193 députés, soit bien moins que les 289 de la majorité absolue. De plus, l'élection au perchoir a montré le 18 juillet 2024 très clairement que les partis constituants le NFP ne constituaient pas une majorité relative puisque leur candidat André Chassaigne a perdu à la majorité relative face à Yaël Braun-Pivet.
Rappelons aussi que si Emmanuel Macron est responsable (à 100%) de la dissolution de l'Assemblée Nationale, il n'est pas le responsable du résultat des élections législatives ; ce sont les Français qui en sont responsables, et eux seuls. Et maintenant, il faut faire avec. Le Président comme la classe politique en général, doivent faire avec ce résultat assez baroque et étonnant de ces élections.
L'article 8 de la Constitution est assez clair sur la totale liberté du Président de la République à nommer le Premier Ministre (les ministres du gouvernement, en revanche, doivent être nommés sur proposition du Premier Ministre). Cette liberté doit aller avec la responsabilité du gouvernement devant le Parlement et en particulier avec l'article 49 aliéna 2 de la Constitution : « L'Assemblée Nationale met en cause la responsabilité du gouvernement par le vote d'une motion de censure. Une telle motion n'est recevable que si elle est signée par un dixième au moins des membres de l'Assemblée Nationale. Le vote ne peut avoir lieu que quarante-huit heures après son dépôt. Seuls sont recensés les votes favorables à la motion de censure qui ne peut être adoptée qu'à la majorité des membres composant l'Assemblée. Sauf dans le cas prévu à l'alinéa ci-dessous, un député ne peut être signataire de plus de trois motions de censure au cours d'une même session ordinaire et de plus d'une au cours d'une même session extraordinaire. » ("l'aliéna ci-dessous", c'est l'article 49 alinéa 3, celui où le gouvernement engage sa responsabilité pour l'adoption d'un texte, initiative qui émane bien sûr du gouvernement et qui peut provoquer le dépôt voire l'adoption d'une motion de censure).
Lorsque le camp présidentiel dispose de la majorité absolue voire relative à quelques sièges près à l'Assemblée Nationale, le Président de la République a une liberté entière et tous les Présidents depuis 1959 ne s'en sont pas privés, parfois avec quelques surprises (Georges Pompidou, Raymond Barre, Jean Castex).
Lorsque le camp opposé au camp présidentiel dispose d'une majorité absolue (ou relative dans le sens ci-dessus), alors le Président de la République n'a plus aucune liberté de nomination et doit se conformer au choix du nouveau camp majoritaire à l'Assemblée. Cela s'est passé trois fois avec les cohabitations : Jacques Chirac en 1986, Édouard Balladur en 1993 et Lionel Jospin en 1997. Le Président de la République peut juste chipoter sur la méthode du camp majoritaire (légiférer par ordonnances par exemple) et garder tête haute lors des rencontres internationales.
Lorsque, comme en 2024, aucune majorité ne se dégage, mais vraiment aucune, car l'Assemblée est divisée en trois blocs de force plus ou moins équivalente, alors le flou redonne de la liberté et du pouvoir au Président de la République. Pas pour n'en faire qu'à sa tête, car, comme je viens de l'écrire, le camp présidentiel n'a pas gagné et gare au Président qui n'a pas su décrypter la volonté des électeurs. Mais pour proposer la méthode pour former un gouvernement viable (notion nouvelle, donc), et donc, en choisissant lui-même la majorité plurielle qui le soutiendrait (ou, du moins, qui ne le censurerait pas).
Le choix du Premier Ministre est donc une liberté présidentielle surveillée de près par le Parlement. À moins de faire perdre du temps à la France, le Président de la République ne nommera pas de Premier Ministre s'il sait qu'il subira inéluctablement l'adoption d'une motion de de censure. C'est la raison pour laquelle il n'a pas nommé le mois dernier Lucie Castets, vouée à être censurée par l'Assemblée Nationale. Prendre le temps de former un gouvernement dans les conditions, c'est gagner du temps pour éviter des initiatives douteuses qui rendraient instable le gouvernement de la France et multiplieraient les crises politiques.
C'est la raison pour laquelle l'Élysée a proposé cette réunion de consultations des présidents de groupe et de parti le vendredi 23 août 2024. L'objectif du Président de la République serait de connaître les positions des uns et des autres, mais surtout, de les convaincre de faire des compromis pour que les voisins puissent accepter l'autre. Méthode très périlleuse du vivre ensemble version parlementaire !
En gros, Emmanuel Macron devra convaincre les chefs de partis de ne pas vouloir rester sur leurs positions d'origine de revendiquer l'opposition en attendant l'élection présidentielle (dans trois ans, un siècle !) et surtout, de prendre leurs responsabilités, de gouverner la France, de manière difficile car sans direction clairement définie par les électeurs, dans le seul souci de l'intérêt général. Les Français seront très exigeants et très sensibles au choix, à cet instant précis de leur histoire politique, des responsables politiques, choix entre l'intérêt personnel ou partisan (je ne gouverne pas maintenant et je veux être Président et gouverner tout seul dans trois ans) et l'intérêt national (je gouverne dès maintenant, avec d'autres, je co-gouverne, même si c'est très difficile et casse-cou, même si je m'en prends plein dans les dents, même si cela me brûle définitivement à la prochaine élection présidentielle, mais je suis avant tout au service des Français, comme le devrait être tout responsable politique).
L'analyse d'Emmanuel Macron, du moins son postulat de départ, c'est que, d'une part, les Français ont rejeté clairement l'idée d'un gouvernement RN malgré le fort attrait électoral dont a su profiter ce parti, ce qui exclut le RN, et d'autre part, les Français aspirent à un gouvernement qui joue l'apaisement des conflits politiques, ce qui exclut FI qui ne cherche qu'à attiser la fureur et le conflit (du reste, en demandant la destitution du Président de la République, les responsables insoumis ont renoncé définitivement à gouverner, après pourtant avoir fait appel à voter pour des candidats du camp présidentiel pour faire barrage au RN !). Son idée est donc de former un gouvernement qui soit acceptable, c'est-à-dire qui ne soit pas censuré par un large ensemble de députés qui va des élus PS aux élus LR en passant par le camp présidentiel (potentiellement, par 363 députés sur 577).
Sur le plan programmatique, deux injonctions paradoxales semblent avoir été exprimées par les électeurs français : dépenser plus d'argent public sur le plan social et renforcer la sécurité dans le pays. J'évoque ces deux injonctions paradoxales car l'une serait plutôt de gauche et l'autre de droite, ce qui ajoute à la difficulté originelle.
Une autre analyse pourrait donner le RN comme le groupe pivot à l'Assemblée : il pourrait s'allier tantôt avec le bloc de gauche, tantôt avec le bloc central, selon les dossiers qui leur seraient soumis. Les élus RN pourraient donc être des faiseurs de roi, ce que ne voudrait absolument pas Emmanuel Macron.
L'analyse d'Emmanuel Macron peut avoir des ratés et les deux difficultés sont les suivantes : d'une part, que les députés LR dépassent leur haine d'Emmanuel Macron (cela semble se produire) ; d'autre part, que les députés PS se désolidarisent des insoumis (ils ont eu mille occasions pour le faire) et ne se fassent pas traiter de traîtres à la gauche (l'injure suprême), ce qui nécessiterait qu'ils aillent à la soupe avec un solide argument social (une mesure sociale qu'ils pourraient agiter face aux insoumis pour leur dire que non, ils sont bien de gauche, mais aussi pour l'intérêt national). Sur ce deuxième point, on en est encore loin.
L'argument des insoumis pour imposer Lucie Castets à Matignon est que le NFP est le groupe le plus important dans l'Assemblée (193 députés en tout). Dans ce cas, la logique voudrait que Matignon revienne au RN qui est le groupe le plus important de l'Assemblée (126 députés, 142 avec les députés ciottistes). S'il s'agit d'alliance entre groupes, rien n'empêcherait donc que des groupes du bloc central fassent alliance avec le groupe LR, ce qui ferait une coalition de 213 députés (166 du bloc central et 47 LR), supérieur aux 193 députés NFP. Restent ensuite 22 députés du groupe LIOT et 7 députés non-inscrits, et ces 29 députés auront, eux aussi, un rôle pivot dans les semaines à venir.
Si on restait dans une logique camp contre camp. Le premier camp serait donc le NFP avec Lucie Castets (après Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard, Huguette Bello, Laurence Tubiana, Clémence Guetté, Clémentine Autain, Mathilde Panot, François Ruffin, etc.). Puis le camp présidentiel avec Gabriel Attal, dont le leadership est incontestable chez les macronistes. Enfin le troisième camp, le RN, serait avec Jordan Bardella. Mais cette logique est à rejeter puisque aucun camp n'a obtenu de majorité. Dans la formation d'un futur gouvernement, il faudra donc que justement, aucune de ces têtes de liste, ni Lucie Castets, ni Gabriel Attal, ni Jordan Bardella ne soit nommée Premier Ministre pour pouvoir faire un gouvernement partagé et accepté.
Plus généralement, aucun élu RN à Matignon puisque le RN s'est placé délibérément dans l'opposition dès lors qu'il n'a pas obtenu de majorité absolu. C'est peut-être le groupe le plus lucide sur ses capacités.
Mais également, aucun macroniste à Matignon pour répondre à l'une des leçons des élections, l'échec des macronistes. Cela signifie qu'aucun macroniste ne pourrait être nommé : Gabriel Attal, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu, Catherine Vautrin, Bruno Le Maire, Édouard Philippe, Jean Castex, etc. Avec peut-être une petite inconnue pour François Bayrou car lui est le rare macroniste qui existait politiquement déjà bien avant Emmanuel Macron, et à ce titre, a gardé son indépendance d'esprit (et rappelons-nous qu'il a refusé d'entrer au gouvernement en février dernier).
Alors bien sûr, beaucoup d'hypothèses ont été exprimées par différentes personnes depuis le 7 juillet 2024 sur le nom du prochain Premier Ministre. Je vais essayer de les énumérer en espérant ne pas en avoir oublié et en pensant que le véritable "nominé" serait probablement un autre.
D'origine PS : Bernard Cazeneuve, Karim Bouamrane, Pierre Moscovici, François Hollande, Olivier Faure, Ségolène Royal, Boris Vallaud, Jérôme Guedj, Julien Dray, Anne Hidalgo, Raphaël Glucksmann, Jean-Christophe Cambadélis, Stéphane Le Foll, Martine Aubry, Bertrand Delanoë, Guillaume Garot, Patrice Kanner, Emmanuel Grégoire, Christiane Taubira, Aurélien Rousseau, Carole Delga, Johanna Rolland.
D'origine écologiste (je la cite même si cela me paraît complètement déraisonnable) :Cécile Duflot.
D'origine macroniste (malgré ce que je viens d'écrire !) : Gérald Darmanin, Jean-Yves Le Drian.
D'origine centriste : Jean-Louis Borloo, Charles de Courson, Hervé Morin, Valérie Létard.
D'origine LR : Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Philippe Juvin, Michel Barnier, Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse, Jean-Pierre Raffarin, Gérard Larcher, Aurélien Pradié, Olivier Marleix, Bruno Retailleau, Christine Lagarde, Nathalie Kosciosko-Morizet, François Baroin, Jean-François Copé.
Acteurs économiques : Louis Gallois, Laurence Tubiana, Laurence Parisot, Alexandre Bompard, Jean-Claude Trichet, Thierry Breton, Michel Camdessus, François Villeroy de Galhau, Jean Peyrelevade, etc.
Option olympique : Tony Estanguet, Léon Marchand, Teddy Riner, etc.
En fait, la plupart de ces noms sont peu pertinents, soit parce que les personnes sont un peu trop âgées, soit parce que les Français ont tourné la page (François Hollande, Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy, etc.).
Dans le profil du Premier Ministre, cela paraîtrait pertinent qu'il ait eu une expérience parlementaire assez convaincante à l'Assemblée pour en connaître tous les arcanes (et son précieux règlement intérieur). Et qu'il soit LR PS-compatible ou PS LR-compatible. Xavier Bertrand s'était présenté très tôt après les élections pour dire qu'il était prêt à Matignon mais est-il bien raisonnable que le Premier Ministre fasse partie d'une formation politique qui ne représente que 8% des sièges ? Bernard Cazeneuve, dont le sens de l'État est reconnu de tous, est en revanche de plus en plus cité comme possible Premier Ministre, une fonction qu'il connaît puisqu'il l'a exercée pendant quelques mois.
Vous l'avez compris, la perle rare n'est peut-être pas encore née à ce jour... mais il faudra quand même bien avoir un Premier Ministre de la France dans quelques jours !
L'historien Jean Garrigues a évoqué sur France 5 le 19 août 2024 l'expérience du quatrième gouvernement de Raymond Poincaré nommé le 23 juillet 1926 pour faire face à la crise financière. C'était un gouvernement de combat et d'union nationale qui disposait de l'appui de 422 députés sur 581, Raymond Poincaré (rappelé) étant le chef des républicains modérés (Bloc national) aux Finances et son numéro deux aux Affaires étrangères, Aristide Briand, un socialiste indépendant, Édouard Herriot, président du parti radical, le chef de la gauche de l'époque (chef du Cartel des gauches) à l'Instruction publique. À droite, il y avait Louis Barthou (Justice), Georges Leygues (Marine), André Tardieu (Travaux publics), Louis Marin (Pensions), etc., et à gauche, Paul Painlevé (Guerre), Albert Sarraut (Intérieur), Henri Queuille (Agriculture), etc. Ce gouvernement, qui a redressé le franc, a mené une politique de rigueur budgétaire, est devenu très populaire par sa réussite financière, a gagné les élections législatives des 22 et 29 avril 1928 et a été reconduit au pouvoir jusqu'à la démission de Raymond Poincaré, malade et épuisé, le 26 juillet 1929.
Il y a eu aussi, avant celle-ci, l'expérience du gouvernement de Pierre Waldeck-Rousseau du 22 juin 1899 au 2 juin 1902. La France très inventive a toujours su trouver des solutions à ses crises politiques. Aux acteurs d'aujourd'hui d'imaginer celle d'aujourd'hui !
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (20 août 2024)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Législatives 2024 (38) : la coconstruction du Premier Ministre.
Législatives 2024 (37) : stupide chantage à la destitution !
Législatives 2024 (36) : Gérald Darmanin plaide pour un Premier Ministre non macroniste !
François Hollande sera-t-il le Premier Ministre de son ancien Ministre de l'Économie ?
Législatives 2024 (35) : Vers une cohabitation du troisième type ?
Législatives 2024 (34) : Lucie Castets noyée dans une réalité alternative !
Législatives 2024 (33) : Le grain de sel du Sénat !
Législatives 2024 (32) : Le casse-tête de Lucie Castets.
Législatives 2024 (31) : Emmanuel Macron et les joyeux JO.
Interview du Président Emmanuel Macron le 23 juillet 2024 sur France 2 (vidéo intégrale).
Claude Malhuret au Sénat : le spectacle continue !
Législatives 2024 (30) : coalition ou pacte ?
Législatives 2024 (29) : le staff de l'Assemblée Nationale.
Législatives 2024 (28) : la stratégie du chaos institutionnel de Jean-Luc Mélenchon.
Législatives 2024 (27) : l'émotion de Yaël Braun-Pivet.
Législatives 2024 (26) : les larmes de Marine Tondelier.
Législatives 2024 (25) : faut-il ostraciser le RN à l'Assemblée Nationale ?
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Législatives 2024 (23) : grand pays recherche son gouvernement.
Législatives 2024 (22) : qui au perchoir ?
Législatives 2024 (21) : marche sur Matignon ?
Lettre aux Français par Emmanuel Macron le 10 juillet 2024 (texte intégral).
Législatives 2024 (20) : le poison du scrutin proportionnel.
Législatives 2024 (19) : quel possible Premier Ministre pour une impossible majorité ?
Législatives 2024 (18) : la fin du cauchemar Bardella (pour le moment).
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Fake news : la scandaleuse manipulation politique du RN.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240820-premier-ministre.html
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/legislatives-2024-38-la-256415
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